ACTE IV, SCÈNE IL
Ce jeune cavalier, si beau, si gracieux, Si doux à votre esprit et si cher à vos yeux, Ne vous blesse-t-il plus avec les mêmes armes? Et ne sentez- vous plus le pouvoir de ses charmes?
ORANTE
Monsieur, pour l'abhorrer j'ai des sujets trop forts; Daignez me dispenser d'inutiles rapports.
FILÉMON.
Non, je veux tout savoir.
ORAIYTE.
Las ! que vous puis-je dire Qu'après vous me teniez pour un sujet de rire, Si nos ressentimens et nos jeunes débats Passent dans vos esprits pour de simples ébats? Ariste ce matin, en cette même place, Est venu m'aborder avecque tant d'audace, Et m'a parlé si mal, sans cause et sans dessein, Que j'ai douté long-temps que son esprit fût sain: Orante, m'a-t-il dit, ne soyez pas si vaine Que de vous figurer d'avoir causé ma peine ; Vos attraits sont communs, et vos miroirs sont faux, Si vous n'avez en vous remarqué cent défauts : Vos amans vous flattoient , s'ils vous ont estimée \ Je rougis seulement de vous avoir aimée, Et vous rends sans regret une inclination Que j'acquis sans effort et sans intention. Là, je l'ai vu partir si plein d'indifférence, Que je serois injuste en ma persévérance , Et qu'il auroit enfin , en mon affection , Un juste fondement de sa présomption.
3io LA DIANE,
FILÉMOjy.
Simple , tout ce mépris prouve un amour extrême , Et vous devez l'aimer pour son offense même : Croyez-vous qu'un esprit atteint légèrement Eût tant porté d'envie au bien de Lysimant? Il auroit accusé les seules destinées.
Et la nécessité qui fait les hyménées; Mais un cœur bien atteint, et las de soupirer, En ces occasions ne peut rien révérer; L'excès de son amour le force de se plaindre , Et, n'espérant plus rien, il n'a plus rien à craindre. Mais nous délibérons de la nécessité; Disposez-vous au joug d'un hymen arrêté.
( Il sort. )
OR A NT E seule.
Dure et fâcheuse loi qu'impose la naissance , De soumettre nos vœux à notre obéissance!
(Elle sort.)