‹ uvres de Jean RotrouChapitre 222 sur 422 · SCÈNE IL FILÉMON, ORANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL FILÉMON, ORANTE

FILÉMON.

Fais renaître les lis sur ce teint pâlissant

Et rends les premiers traits à ces yeux languissant,

Si tu le dois jamais, et si le seul Ariste

Peut réparer l'éclat de ce visage triste.

J'accorde à tes désirs cet amant fortuné ,

Pour qui ta passion m'a tant importuné....

Mais quel prompt changement altère ce visage?

Peux-tu désapprouver cet heureux mariage?

3o8 LA DIANE,

Ariste n'est-il plus si cher à tes regards?

Et n'as-tu plus dessein d'être à ce jeune Mars?

ORANTE

J'ai dessein de mourir , puisque je ne suis née Que pour souffrir toujours et vivre infortunée.

FILÉMOW.

Comment, tu hais Ariste?

ORANTE

Hélas ! je ne hais rien Que la rigueur du sort, si contraire à mon bien. Souffrez qu'en quelque lieu solitaire et sauvage J'aille vouer au ciel le reste de mon âge; Où j'épargne à vos ans des travaux superflus , Où mon plus doux plaisir soit de n'en avoir plus, Où je puisse , occupée à de saintes pensées. Pleurer la vanité de mes erreurs passées.

FILÉMON.

Il faut , pour observer ces résolutions ,

Des cœurs plus détachés de leurs affections;

Et suivre ces desseins avec plus de courage

Qu'on n'en peut espérer de votre humeur volage.

Quelle inspiration a touché vos esprits,

Et vous fait voir le monde avec tant de mépris?

ORANTE

Au moins dispensez-moi d'un si fâcheux servage ; Que toujours ma raison conserve son usage ; Que votre seul vouloir me prescrive des loix: Sinon, que j'aie Ariste et la mort à la fois.

FILÉMON.

D'où vient ce changement? quelle humeur si soudaine A d'un objet d'amour fait un objet de haine?

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