ACTE III, SCÈNE II
Que je prise bien plus ma mort que votre vie : Si Perside est ici, les tourmens y sont doux. Et le moindre des morts est plus heureux que vous. Vante, dieu des amans, vante ton avantage, Tes frères désormais envîront ton partage ; Ils n'ont jamais trouvé de miracles si beaux, Dans l'empire des cieux ni dans le sein des eaux. Et les moindres appas dont ma belle est pourvue ; Mais qu'au moins tes plaisirs soient bornés de la vue! Dieux! que je m'entretiens d'inutiles propos. Et que je me tourmente en ce lieu de repos ! Ah! que sensiblement un rival vous outrage , Mortels, si même une ombre est capable d'ombrage ! Quittons ces vains discours , et parmi tant d'esprits Tâchons à découvrir celui de ma Cypris. Mais , quoi ! rien ne paraît en ce mortel empire , Et j'entends seulement que quelque ombre y soupire ; Suivons ce petit bruit, et cherchons pas à pas Quelqu'un qui nous apprenne où brillent ses appas. Belle âme, si ma voix ici ne t'importune. Cet esprit que la mort a joint à ta fortune , Et qui sort fraîchement de son vivant cercueil, Conjure ta pitié d'un favorable accueil; Fais connaître à mon ombre , à cet abord saisie , Que même dans l'enfer règne la courtoisie ; Par les droits les plus beaux que l'amour y prétend. Viens me conduire aux lieux oîi Perside m'attend. Mais, dieux! comme elle fuit, cette ombre impitoyable! Craintive, as -tu trouvé mon abord effroyable? Ai -je encor de là -haut quelque trait retenu , Et ne suis -je à tes yeux un esprit assez nu? Si je vis plus long -temps dans cette inquiétude,
4o L'HYPOCONDRIAQUE,
Enfin tu répondras de ton ingratitude;
Mon beau soleil , sensible à ces affronts soufferts ,
Peut tout anéantir ce qui vit aux enfers;
Et, s'il daigne éclairer sur ces rivages sombres,
Vous mourrez à Tinstant, vaines et faibles ombres.
(Cléonice et sa nourrice arrivent.)
Donc, pour me procurer un traitement plus doux , Ni la flamme ni l'eau ne peuvent rien sur vous ; Donccontre vosfroideursmesfeuxn'ontpointdecharmeSj Et mon affection ne peut rien par mes larmes.
CLORiDAN, la prenant pour Perside.
Enfin mon bien succède à mes longues erreurs : Saint et sacré sujet de mes douces fureurs. Notre cominun bonlieur a nos courses finies, Et l'amour voit enfin nos âmes réunies^ Sus, melons les baisers à des transports si doux, Ma déesse, et rendons tous ces esprits jaloux. Dieux ! qui dans ces plaisirs conserveroit sa vie ? Si la mort n'eût osé, l'amour nous l'eût ravie.
CLÉONICE
J'ai toujours espéré que mes soupirs, un jour, Rendroient ce beau rocber sensible à mon amour; Mais témoigne à mon œil, encore tout humide. Que tu n'auras jamais de dessein pour Perside ; Méprise ses faveurs, et me romps ces liens Qui choquent mon humeur, pour t' enchaîner aux miens.
CLORIDAW.
Perside , eh ! quel malheur a changé ce courage , Et vous porte à me faire un si cruel outrage.'* Vos appas m'ont-ils fait un rival aux enfers ,