‹ uvres de Jean RotrouChapitre 22 sur 422 · ACTE m, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IL

Malgré tous les efforts et de Mars et d'Alcide , J'enferme votre gloire au tombeau de Perside; Et vos noms pour jamais vont être ensevelis Avec ce corps jadis de roses et de lis. Ah ! soleil , que ce jour n'a tes courses bornées ! Ta chaleur veut encore diviser les années? Barbare , tu peux voir ton semblable au cercueil , Et tu ne laisses pas tout l'univers en deuil! Crains, crains que les destins n'éteignent ta lumière , Et de ton corps de feu fassent de la poussière : Ils ont pour te détruire encor les mêmes bras; Ne mets point tant de peine à servir des ingrats; Qu'un repos éternel te retienne dans l'onde, Et que la nuit succède à l'empire du monde. Mais ce corps pâle et froid succombe à la douleur. Ah ! mort , seule tu peux réparer mon malheur ; Eteins ces faibles yeux que le jour importune , Tes traits m'affranchiront des traits de la fortune , Et mon âme, soustraite aux injures des cieux, Reconnaîtra là -bas tes soins officieux.

D'une éternelle nuit mes tristes yeux se couvrent , Les portes des enfers à ma prière s'ouvrent : Mes esprits languissans font leur dernier effort ; Recois, Perside.....

(11 s'ëvanouit. )

ï.^ VKG'E^ qui s'étoit caché.

Hélas! quel remède assez fort, Quels assez prompts devoirs rappelleront son âme , Et pourront m'affranchir de reproche et de blâme? Traître, dont les présens ont charmé la raison, Vois le funeste effet qui suit ta trahison ! Dans le séjour des morts sa belle âme dévale y

Et tu ne rougis point de voir son front si pâle.

Ah, dieux! je vis encore! Qu'avez- vous destiné

A ces coupables sens qui l'ont assassiné?

A quoi peut, juste ciel, ton courroux se résoudre?

Je souffrirai trop peu si je meurs par le foudre;

Jamais ce traître cœur ne t'aura satisfait,

Si tu veux égaler sa peine à son forfait.

Mais, las! que sert ma plainte à ranimer mon maître,

Je deviens plus coupable en confessant de l'être ;

Je sens qu'il vit encore, et je ne songe pas

Aux moyens qui pourront divertir son trépas.

Trouvons dans un ruisseau le remède infaillible

Qui lui dût arriver de mon œil insensible.

( 11 va chercher de l'eau. )

CLORiDAw, devenu hypocondriaque.

O mort, que je bénis tes soins officieux! Pourrai- je reconnaître un acte si pieux? L'astre qui fait le jour n'a point ici d'empire , Je n'entends plus , ni vois , ni touche , ni respire , Et je suis seulement, dans ces lieux innocens,

(Le page apporte de l'eau dans son chapeau j mais il fuit, le voyant levé. )

Un esprit dégagé du commerce des sens :

Mon corps enseveli n'est plus ma sépulture ,

Je me sens maintenant d'une essence plus pure ;

Quoiqu'une froide lame ait ses membres couverts,

Et qu'il serve déjà de nourriture aux vers.

Qu'il n'ait plus ni de traits , ni d'apparence humaine ,

J'éprouve que le ciel a converti sa haine ;

Et vous me faites voir, justes divinités.

Une amour sans limite en mes jours limités.

Ah ! que votre grandeur me donne peu d'envie ,

Page 1