‹ uvres de Jean RotrouChapitre 230 sur 422 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

CÉLIRÉE, LYSIMANT.

CÉLIRÉE.

Monsieur, j'allois chez vous; ma maîtresse ce soir Ne sauroit se donner le bonheur de vous voir ; Son père lui prescrit la sévère ordonnance De ne plus souhaiter l'heur de votre alliance, De régler ses désirs par son commandement. Et de ne tenir plus qu'Ariste pour amant.

^^ LYSIMANT.

Eh bien , qu'elle obéisse.

3i6 LA DIANE,

CÉLIRÉE.

O dieux! cette nouvelle Ne peut-elle toucher un amant si fidèle? Si constant en amour, l'êtes-vous aux rapports Qui ruinent l'espoir de vos communs efforts? Voyez-vous de cet œil cesser votre espérance , Et croyez-vous qu'elle ait autant d'indifférence?

LYSIMANT.

Qu'un autre puisse ou non engager ses esprits,

J'estime également ses vœux et ses mépris ;

Ma constance, au besoin, me fournit un remède

Léger comme le mal, et que chacun possède;

Il étoit fort aisé de guérir mon souci:

J'aimois Orante en homme et non pas en transi.

O dieux! causant sa peine et son inquiétude. Que vous êtes injuste en votre ingratitude ! Voyant, comme je fais, l'excès de ses douleurs. Vous ne pourriez, monsieur, lui refuser des pleurs. Je n'ai que trop connu ses passions discrètes ; Je l'ai cent fois surprise en des plaintes secrètes. Où votre nom mêlé me témoignoit assez Combien et de quels traits ses esprits sont blessés. Mais las! quelle infortune égale sa disgrâce! Et quel est son malheur , brûlant pour de la glace ! Son visage est pourvu de tous les ornemens Capables de charmer les esprits des amans; A-t-elle des défauts dans l'esprit ou dans l'âme Qui vous aient empêché de partager sa flamme? Trouvez-vous en sa vie un juste fondement De ne la chérir pas en qualité d'amant?

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