ACTE IV, SCÈNE IX
Que lui pourrai-je dire? avec quelle assurance Lui pourrai-je parler de votre indifférence? Car elle attend de vous la fin de ses tourmens. O ciel! qui vois son cœur, punis-moi si je ments,
LYSIMANT.
Ce matin, toutefois, cette orgueilleuse amante Ne le témoignoit pas.
CÉLIRÉE.
Et vous croyez Orante?
Elle vous congédie alors qu'elle se plaint? Et voulant éprouver votre amitié, l'éteint? Vous avez peu d'amour ou peu d'expérience; Ce vous est un grand mal qu'un peu de patience. Comment prouverez- vous votre fidélité.
Si d'un coup seulement vous êtes rebuté ? Pour être cru fidèle, est-ce assez qu'une dame Vous entende parler de soupirs et de flamme? Ces discours sont communs à tous les amoureux; Le plus indifférent est toujours malheureux: Le plus sain , s'il dit vrai , sent un cruel martyre ; Le plus libre est esclave, et le plus froid soupire. L'apparence est douteuse, et ses signes parfaits D'une parfaite amour consistent aux effets. Orante est si blessée , et sa peine si vraie , Qu'elle a raison , monsieur , de sonder votre plaie , Et cherche justement, en cette élection, Pour beaucoup d'amitié beaucoup d'affection.
LYSIMANT.
Demain je la verrai, parle-lui de ma peine; Dis-lui qu'elle a douté d'une ardeur trop certaine; Qu'il n'est tourment égal à ceux que j'ai soufferts, Et que mon seul respect avoit rompu mes fers.
3i8 LA DIANE5
CÉLIRÉE.
Son sentiment douteux naît d'une jalousie Dont vous pouvez, monsieur, guérir sa fantaisie. Ne souffrant que pour vous, elle désire aussi Etre le seul objet de votre doux souci, Et veut avoir le cœur de cette paysanne Que vous aimiez jadis.
LYSIMAWT.
Quoi , le cœur de Diane ?
CÉLIRÉE.
Sinon , vos maux sont vains et vos vœux superflus : Mais vous contenterez son esprit là-dessus.
LYSIMAWT.
Dis-lui que l'intérêt d'une beauté plus rare
We me porteroit pas à ce dessein barbare,
Et qu'elle sollicite à cet acte odieux
Un amant plus ardent et plus officieux;
Que je tiens ses froideurs et ses flammes égales ;
Qu'amour ne loge point en des âmes brutales ,
Et que je défendrois cette jeune beauté
Contre les artisans de sa brutalité;
Que Diane m'est chère à l'égal de ma vie ;
Que je la servirois comme je l'ai servie.
Et qu'on m'auroit permis de vivre en ses liens.
Si je n'étois pas né pour épouser des biens :
Mais que j'ai des parens dont l'humeur importune
A mon contentement préfère ma fortune.
CÉLIRÉE.
Que vos yeux sont charmés par de foibles attraits,
Si vous avez senti le pouvoir de ses traits!
Je connois cette fille , elle n'a point de charmes