SCÈNE VIL
DIANE, sous l'habit de Lysandre ; O RI M AND, LYSIMANT, SYLVIAN, DOROTHÉE.
DIANE, embrassant Ljsimant.
Puis-je aborder sans crainte Celui de qui j'attends une équitable plainte. Cet agréable amant, ce rival généreux, De qui j'ai ruiné les desseins amoureux? Daignez-vous voir, monsieur, le tyran de votre aise, Et vous peut-il payer de raison qui vous plaise? Le seul bien de vous voir est l'objet de mes pas.
LYSIMANT.
Ne cherchez point d'excuse à qui n'en attend pas ;
On ne révoque point l'arrêt des destinées
Qui fait, comme il leur plaît, ou rompt les hyménées.
Le sort m'ôte Rosinde, et je suis satisfait
Puisqu'il n'est pas aveugle au présent qu'il en fait,
Et qu'il la réservoit pour un objet plus digne
D'être le possesseur de ce trésor insigne.
DIANE
Au moins cet accident vous donne un serviteur Que vous n'éprouverez, ni lâche, ni flatteur, Et qui perdra le jour aussitôt que l'envie De hasarder pour vous sa fortune et sa vie.
DOROTHÉE
Souffrirez-vous, monsieur, le curieux dessein Qui me fait enquérir si certain bruit est vain ? Diane, pardonnez si je vous importune,
Doit-elle à votre soin une telle fortune? Avez-vous de si loin, après la mort des siens, A cette heureuse fille apporté tant de biens?
DIANE
Ne doutez nullement des trésors qu'elle vante; Je ne la flatte point d'une incertaine attente: Avecque mon bagage il lui vient dans deux jours De quoi la réjouir et prouver mon discours , Si je puis assurer par des lettres de change Cet accident pour elle autant heureux qu'étrange.
DOROTHÉE
Quon va faire de vœux pour vos prospérités! Car chacun participe à ses féhcités; Son mérite est si grand, que cette aimable fille Est chère à tout le monde autant qu'à sa famille. Le bruit de son bonheur plaît aux plus envieux. Et d'une voix commune on en bénit les dieux.