ACTE V, SCENE VIII
En ce rare bonheur qui ra^it tous mes sens! Heureux et cher parent du seul objet que j'aime, Apprenez qui je suis par ce transport extrême: Reconnoissez Lysandre.
ORTMAND.
O dieux! quel insensé!
LYSANDRE
Quoi! le temps vous a-t-il mon portrait effacé?
Ne Yous souvient-il plus de cet heureux Lysandre
Que vous avez jadis choisi pour votre gendre?
Depuis que j'ai quitté ces lieux où j'habitois,
Pliébus n'a divisé les saisons que dix fois;
Je vous voyois partout, j'ai toujours en mon âme
Conservé les portraits de vous et de madame;
Et vous méconnoissez ce parent fortuné,
Qu'à l'appui de vos jours les dieux ont destiné!
DIANE, à part.
0 sensible malheur!
DOROTHÉE, Cl part, O disgrâce infinie!
ORIMAND.
Le ciel, qui que tu sois, guérisse ta manie!
(A Diane.)
Mon fils , de quelle erreur cet homme est-il troublé ? Ton corps avec ton âge auroit-il bien doublé? En la peine où je suis, qui de vous dois-je prendre? Je n'ai qu'une Rosinde, et ne veux qu'un Lysandre.
DIANE, à Lysandre.
Toi, qui crois sous mon nom t'emparer de mon bien, Et posséder l'objet que le ciel a fait mien , Quel accident nouveau t'a mis en notre race?
Dessus quelle raison se fonde ton audace ? Donne à d'autres esprits ces divertissemens, Et laisse un libre cours à nos contentemens.
LYSANDRE
O ciel! qui connois tout, si tu hais l'imposture,
Par un visible effet punis cette aventure ;
Et si , comme on le croit , ton bras est tout-puissant ,
Fais périr l'imposteur et montre l'innocent;
Désabuse ces gens, et leur fais reconnoître
Qu'à tort cet affronteur me dispute mon être.
(fouillant en sa poche, et en tirant des lettres qu'il remet à OrimanJ.)
Mais en dois-je chercher des signes apparens Après ces mots écrits des mains de mes parens? Passant en Portugal, j'ai pris cette asùrance Qui confirme mon nom et ma persévérance; Je suis cet heureux gendre et cet heureux époux Que, dès ses jeunes ans, Rosinde tient de vous.
ORiMAND, après avoir lu.
O dieux! que vois-je ici?
LYSIMANT.
Que l'affronteur réponde!
Je le rendrai coupable aux yeux de tout le monde. Voyez-vous pas déjà comme ses tremblemens Prouvent son imposture et ses déguisemens ?
OR I M AND a Diane.
Yous ne répondez rien?
D I A ]N' E , pleurant.
Puisque votre puissance A résolu ma mort, je reste sans défense, Impitoyables dieux dont la compassion Nie un peu de faveur à tant d'affection.