‹ uvres de Jean RotrouChapitre 248 sur 422 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

Qu'on ne pouvoit nier des pleurs à ses regrets; Que par de faux tourmens elle en versoit de vrais. Son fils étant cru seul, on vantoit ses richesses, Et déjà de son âge on tiroit des promesses D'un naturel si noble, et d'un esprit si bon, Qu'à peine marclioit-il qu'on parloit de son nom. La fille d'Orimand n'étoit que de son âge, Et les parens dès lors firent ce mariage: On les fit embrasser, leurs plus proches présens: Lysandre fut époux à l'âge de six ans. Cet accord arrêté , la mère sort de France , Me laissant cette fille et quelque récompense ; Mais, depuis son départ, le soleil quinze fois A vu naître et tomber les feuilles de nos bois Sans qu'elle m'ait écrit, et qu'aucune nouvelle M'ait appris de sa part le soin qu'elle a pour elle.

ORIMAND.

O dieux! la vaine fourbe! et que subtilement Il pense profiter de ce déguisement!

Diane ne vit plus, et sur cette croyance Nous avons établi cette heureuse alliance.

LYSANDRE

Non, non, il est certain que ma sœur voit le jour y Et cette occasion a pressé mon retour.

Prête d'abandonner sa demeure mortelle.

Ma mère m'appelant : Lysandre, me dit-elle. Je ne te laisse pas unique possesseur; Les dieux, quand tu naquis, te firent une sœur. Et le dessein que j'eus d'agrandir ta fortune L'a réduite au malheur d'une vie importune. Je l'ai fait élever au logis de Damon:

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