‹ uvres de Jean RotrouChapitre 249 sur 422 · ACTE V, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE X

Boulogne est son village, et Diane son nom; C'est ton portrait vivant , et pour la reconnoître Le sang te suffira , si tu la vois paroître ; Si tu la méconnois, une marque en son sein, Et deux sur le bras droit, t'en rendront plus certain. Pour cette occasion passe bientôt en France , Et fais que je trépasse avec cette espérance.

DAMON, montrant le sein et le bras de Diane, Favorable discours! hélas! n'en doutez plus, Et venez remarquer ces signes superflus. Punissez, si je ments, l'auteur de l'imposture.

LYSANDRE

O Diane! ô ma sœur! ô divine aventure! O favorable jour!

DOROTHÉE

o doux contentement!

LTSIMANT.

Je doute si je veille en ce ravissement.

DIANE

Enfin, heureux amant, le soin des destinées A-t-il avec mes maux tes froideurs terminées? Et la sœur de Lysandre a-t-elle plus d'appas Que celle, que tous ceux d'un sort abject et bas? Toucher ai-je ton cœur?

LYSIMANT.

Divin charme des âmes.

Premier et seul objet qui fis naître mes flammes, Qui n'auroit souhaité les maux que j'ai soufferts Et ne seroit heureux de mourir dans tes fers?

CRANTE

O dieux! quel changement!

34o LA DIANE,

FILÉMON.

Que mon âme est ravie !

DIANE, a Orante.

Madame , que ce dieu qui gouverne ma vie M'excuse auprès de vous du dessein que j'avois De faire à Lysimant abandonner vos lois ; Je n'ai considéré ni craint votre colère, Et le ciel le devoit à ma longue misère.

ORANTE

Oublions tous nos maux; Ariste étant à moi, Un autre ne peut plus disposer de ma foi.

ARISTE

Puisqu'à votre mépris votre faveur succède, Je ne rendrai jamais ce bien que je possède.

LYS AND RE, CL OHmand.

En ce commun plaisir ne me déniez point

Un bonheur qui me rend accompli de tout point;

Les dieux en Orient m'étoient si favorables ,

Et mes profits, monsieur, sont si considérables.

Que mes biens partagés égalent quatre fois

Ceux que j'eus étant jeune et ceux que j'espérois ;

Tant de prospérités ont suivi mon attente

Que je puis être heureux, et Diane contente.

ORIMAND.

Puisque je vois enfin ces doutes éclaircis, Mon gendre , embrassez-moi , bannissons tout souci ; Et vous, que j'ai traitée avecque tant d'outrage. Qu'un sensible regret force votre courage: Entrez; et vous, Damon, partagez nos plaisirs En cette occasion si chère à vos désirs.

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