LA REINE, ISABELLE, CLÉONTE, ADRASTE , CLORIMAND
LA REINE, à Isabelle.
L'amour qu'on a pour vous, ma mignonne, est bien forte, Puisqu'elle a fait hâter votre amant de la sorte.
(A Adraste.)
Adraste, ayant parlé depuis votre retour, Pourrai-je entretenir cette belle à mon tour? Que vous paroissez froid , et que ce teint est pâle ! N'êtes-vous point jaloux de m' avoir pour rivale?
Craignez-vous que par moi vos espoirs soient déçus? Vous pouvez vivre , Adraste , en repos là-dessus : Pour tout autre que vous je crois qu'elle est de glace, Et je n'ai pas dessein d'obtenir votre place.
Si ses yeux ne me font d'autres rivaux que vous, Madame, je promets de n'être point jaloux; Que, vous voyant toujours chérir sa compagnie, Je n'accuserai point votre ardeur infinie : La garde d'un trésor qu'on ne peut trop priser, Est bien sûre en la main de qui n'en peut user.
LA REIWE.
Et quand je le pourrois, vous avez trop de charmes, Et pour vous seulement son cœur met bas les armes. Or, puisque je ne puis vous causer de souci, Vous nous laisserez bien entretenir ici. Vous, Cléonte , sohgez à quoi je vous invite: -il
Logez ce beau seigneur, chérissez son mérite; Donnez à sa vertu les plus chers de vos vœux, Et croyez qu'en un seul vous en obligez deux.
(Tout le monde sort j la reine et Isabelle demeurent. ) LA REINE.
Sais-tu bien qui je suis?
ISABELLE
L'unique souveraine Qui préside en ces lieux sous le titre de reine.
Ah! ne m'honore point de cette qualité, Un tyran m'a ravi toute ma dignité:
De ce nom glorieux un puissant roi me prive, Et ne me laisse plus que le nom de captive.