ACTE II, SCENE IL 36Î
ISABELLE
Je demeure confuse à ces tristes propos. Hé ! qui de vos voisins trouble votre repos ?
I LA EEIWE.
I Un qui rend des plus fiers les armes inutiles, Qui brûle ses sujets, qui démolit des villes. Qui se fait redouter des plus «imbitieux , Qui meut toute la terre et fait la guerre aux cieux; Un de qui la puissance , ou nuisible , ou seconde , Quand il l'a résolu, blesse ou guérit le monde.
ISABELLE
i Si l'on s'armoit, madame, et qu'on lui résistât! Mais est-il bien avant déjà dans cet état?
LA BEIKE.
i Déjà jusques au cœur il a porté ses armes ; Déjà ses cruautés t'ont arraché des larmes; Tu le sens , tu le crains , il marche sur tes pas ; Tu l'as nommé cent fois , et ne le connois pas ?
ISABELLE
Que vous causez de trouble à mon âme incertaine! Montrez-le moi , madame , et me tirez de peine.
De qui se plaint Adraste , exprimant son souci ?
ISABELLE
D'Amour.
Et c'est de qui je me veux plaindre aussi. Ce tyran de nos cœurs a ma raison blessée; Cet aveugle démon gouverne ma pensée ; Si jamais un mortel expira par le feu, Crois-moi, je ne vis plus, ou je mourrai dans peu.
ISABELLE
Il est vrai que l'amour fait de rudes atteintes, Mais cela ne peut pas autoriser vos plaintes; Celui se plaint, qui brûle, et ne peut posséder: Mais pourquoi vous, madame, à qui tout doit céder? Aimez-vous un rocher, un arbre, une fontaine? Sont-ce là les objets qui causent votre peine? Un rocher, répondant à vos divins accens , Par votre propre voix a-t-il charmé vos sens ? Un arbre , pour vous voir de son amour éprise , A-t-il fourni des traits au dieu qui vous maîtrise? Un ruisseau vous a-t-il vos yeux représentés , Et touché votre cœur par vos propres beautés ?
Amour , qui connoissoit mon âme si facile ,
Pour me venir dompter a quitté la Sicile :
Amour même est venu sous ses lois me ranger ,
Et tu le viens de voir en habit étranger :
Tu l'as vu qui marchoit à côté de Cléonte.
Mais je crois que ces lieux vont rougir de ma honte.
Dieux! eussé-je espéré si lourdement faillir.
Et qu'on me pût défaire aussitôt qu'assaillir?
Qu'un moment, qu'un regard pût vaincre ma constance?
Mais l'Amour est un dieu, tout cède à sa puissance.
ISABELLE
Cet étranger, madame, est possible de rang Qui puisse par l'hymen le joindre à votre sang. Adraste me contoit sa rencontre imprévue, Et commençoit encor quand nous vous avons vue.
LA REIWE.
Son roi vouloit qu'ici l'on achevât son sort. Des traîtres l'assailloient , j'ai diverti sa mort,