‹ uvres de Jean RotrouChapitre 276 sur 422 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Et que vous savez mal obliger vos amis, Vous voyaQt un secret si librement commis! Le ciel me soit témoin si j'ai l'âme infidèle, Si j'adore ici-bas que les yeux d'Isabelle ; Si rien me peut résoudre à rompre ma prison, Et si jamais la reine a tenté ma raison. D'une pareille ardeur sa belle âme soupire ; Elle vient d'assurer la fm de mon martyre; Tout rit à mes desseins: en un mot, Glorimand , S'il n'avoit point d'ami , seroit heureux amant. J'ai promis de revoir cette rare merveille ; Cléonte, allez finir cette inutile veille; Ne divertissez plus notre doux entretien , Et prenez du repos, si vous aimez le mien.

(Il retourne à la fenêtre et parle tout bas.)

AU RAS TE, cwec uii cùr étonné.

Veillé-je? ou si je dors? je me sens, je me touche

Et je ne trouve ici ni mes draps, ni ma couche.

Ce n'est point une erreur qui me vient d'arriver;

Je rêve seulement quand je pense rêver.

Il est trop véritable, Adraste, que tu veilles;

Ne cherche point de quoi démentir tes oreilles;

La perfide languit en de nouveaux appas;

Ton malheur est visible, ou le jour ne l'est pas

Ce mignon d'étranger a son âme blessée ;

Il a sur tes desseins une embûche dressée ,

Et tes étonnemens étoient bien superflus

Quand cet esprit léger ne te caressoit plus.

Quoi! je laisse passer impunément l'injure!

Je n'assassine pas le traître et la parjure!

A ce honteux affront je demeure ébahi !

Je laisse plus long-temps vivre qui m'a trahi? L'offense est trop sensible à mon âme irritée, Et, ne la vengeant pas, je l'aurois méritée.

(Il va vers la fenêtre l'e'pëe à la main.)

LA REiwE, à Clorimandj en se retirant.

Adieu, séparons-nous sur ce serment nouveau. Que je veux épouser ou vous, ou le tombeau.

CLORIMA.ND, allant a Adraste.

Cléonte, parlez-moi d'une âme plus ouverte:

Est-ce que votre haine a résolu ma perte?

Et quand vous me juriez une immuable foi,

Etoit-ce de m'ôter les jours que je vous doi?

Aspirez-vous, Cléonte, aux faveurs d'Isabelle?

En me privant du jour vous me priverez d'elle.

Si ce divin objet ne me chérit assez

Pour suivre ma chère ombre entre les trépassés;

Mais ayant seulement de l'amour pour la reine.

Elle seule vivant sur vos jours souveraine ,

Que votre cœur n'a-t-il des sentimens plus sains,

Et pourquoi venez-vous traverser mes desseins?

Jugez un peu des maux oii votre humeur m'expose.

Qu'en l'art de bien aimer vous savez peu de chose!

Vous vous en acquittez de mauvaise façon.

Si vous n'en savez pas la première leçon :

JjCs cœurs les moins versés en cette belle étude

Ont appris que Famour cherche la solitude ;

Qu'il se plaît dans un bois, dans l'antre d'un rocher,

Tant ce honteux enfant aime de se cacher.

Pourquoi ce petit dieu se bande-t-il la vue?

Croyez-vous cette humeur de raison dépourvue ?

Cléonte, c'est l'humeur du véritable amant:

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