‹ uvres de Jean RotrouChapitre 28 sur 422 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

PERSIDE

Allège une âme lâche.

Un beau dessein.... mais, dieux! que ce penser me fâche! Cherche contre mon mal un plus noble secours, Et finis, cher parent, ma vie ou ce discours,

ALIASTE.

Espérer sa santé d'un jugement malade,

Qui ressent comme vous le pouvoir d'une œillade;

Se plaindre aux malheureux d'un peu d'ennuis soufferts.

Et montrer aux captifs son cachot et ses fers ;

C'est vouloir qu'on vous plaigne et non qu'on vous assiste :

Un esclave peut - il délivrer des liens

Son ami, si premier il n'a brisé les siens?

PERSIDE

Délivrer? Qui m'auroit de la sorte outragée. Ne paroîtroit jamais , ou je mourrois vengée ; Mais, sans sortir des bords de la discrétion, M'oserai -je informer de ton affection?

ALIASTE.

Quoi? vous seule ignorez que l'œil de Cléonice Depuis tant de saisons me livre un doux supplice , Qu'amour nous entretient d'un désir mutuel. Qu'en un point seulement le sort nous est cruel.

PERSIDE

Et quel?

ALIASTE.

Que la rigueur d'une si longue absence Nous prive des plaisirs d'une chaste licence.

PERSIDE

Elle est?...

ALIASTE.

Près de Corinthe, en un séjour si beau Que même on y verroit des appas au tombeau , Que ce lieu pour les morts même auroit des délices ; Aussi jamais le ciel n'y versa ses malices : L'air y fut toujours pur, les hommes innocens. Les bons astres amis, les mauvais impuissans, Là, jamais le soleil n'a vu d'âmes légères , La plus riche se range à l'humeur des bergères ; Et dans cette candeur on vit si doucement Que la cour porte envie à leur contentement; C'est là que Cléonice, hors du bruit de Corinthe, Savoure ces douceurs , mais non pas sans absinthe : Elle a la même ardeur à me vouloir du bien , Qui n'interrompt pas moins son repos que le mien.

PERSIDE

Ainsi donc nous voyons , sous mêmes destinées, Par un même pays nos passions bornées:

Ainsi le ciel jaloux de nos contentemens , Se plaît à traverser de si parfaits amans. Mais là sa cruauté fait voir son impuissance , Cloridan m'est présent en cette longue absence. Quoi que fasse le ciel, ses desseins rigoureux Ne peuvent séparer nos esprits amoureux. Je vois ce beau sujet de ma flamme secrète , Flatter à mes regards sa passion discrète. S'attribuer encor mes pleurs et mes soupirs. Porter comme autrefois de l'envie aux zéphyrs; Injurier ce voile, et d'un jaloux langage Défendre à mes cheveux de baiser mon visage; Enfin, pour un mot seul qu'à ses vœux je rendois ,

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