SCÈNE IV
PERSIDE, ALIASTE.
PERSiDE, seule.
Espoirs, que vous m'offrez une foible assistance! Mon cœur ne peut changer et n'a point de constance ;
Et, quoique la raison condamne mes regrets,
Je trouble le silence aux lieux les plus secrets :
Quelque foible sujet qui me porte à me plaindre ^
Ija même fermeté se laisseroit atteindre.
Soit qu'un triste penser représente à mes sens
Les lieux où j'ai permis des baisers innocens;
Soit qu'un sort malheureux remette en ma mémoire
Les vœux dont mon désir lionoroit sa victoire ;
Et cet heureux moment que l'amour fit nos cœurs,
Par un miracle étrange, et vaincus et vainqueurs;
Ou soit que mon malheur ait mes mains approchées
Des choses qu'autrefois ses beaux doigts ont touchées,
Un tourment qu'on pourroit à peine concevoir,
Force mes tristes yeux à pleurer leur pouvoir.
Que vous sert, vains appas, en cette nuit profonde,
D'avoir été vainqueurs des plus beaux yeux du monde?
(AHaste son parent la surprend.)
Ma gloire me produit seulement des ennuis,
Mes feux rien que des pleurs, et mon soleil des nuits.
ALIASTE.
Enfin vous soupirez avec trop de licence ; J'éprouve comme vous les rigueurs d'une absence ; J!ai l'espoir assailli , mais il ne cède pas. Son absence vous tue, et que peut son trépas?
PERSIDE
Son trépas ! mille fois dans les enfers me rendre , ♦ Si mille fois les dieux permettoient d'y descendre , Et faire détester à mes mânes errans Soleil , terre , destins , et nature , et parens.
ALIASTE.
Le temps, quoi qu'on estime.....