ACTE IV, SCÈNE III. Sgi
Et qu'entendîtes-vous i
ISABELLE
ADRASTE
A ce que je vais dire As-tu goutte de sang que ta honte n'attire, Si quelque honte en toi peut désormais agir. Si ton front est encor capable de rougir? Dis-moi, te souvient-il de certaine fenêtre? C'est assez, vois par-là ce que je puis connoître. Ce soir, tiens ta promesse à ce fidèle amant, Mais conduis ton affaire un peu secrètement.
ISABELLE
Dégorgez à souhait votre jalouse rage.
Mais que ma pureté ne souffre point d'outrage; Je n'ai point de dessein que je doive cacher. Ce discours, après tout, commence à me fâcher.
ADRASTE
Ne te devois-je point préparer des louanges? Pour t'élever, veux-tu que j'abaisse les anges? Bien! il faut te flatter. Tous tes désirs sont saints, Lucrèce n'eut jamais de si chastes desseins ; Le brasier le plus pur doit céder à ta flamme , La blancheur de ton cou, à celle de ton âme; Tu reçois en ton cœur mon portrait seulement , Tes faveurs n'ont jamais obligé Clorimand; Jamais cet Espagnol n'a touché ta pensée, Jamais avecque lui tu n'as de nuit passée; Jamais tu n'as flatté son impudique espoir Des sermens solennels de te livrer ce soir; Non, je n'ai pas été le témoin de ta honte, Jamais cet étranger ne m'a pris pour Cléonte,
Il ne m'a pas juré qu'il vivoit sous ta loi,
Qu'il méprisoit la reine , et qu'il n'aimoit que toi ;
Tu ne souffres de lui caresse , ni licence ,
En un mot, qui te voit, voit la même innocence.
T'appeler infidèle , ah ! ce nom te déplaît ,
J'ai tort, et c'est plutôt mon oreille qui l'est;
Je crains sans fondement que ton feu s'amortisse ;
T'accuser d'être injuste, ah! c'est une injustice;
On ne peut voir en toi ^ ni tache, ni défaut....
Inconstante, est-ce là le discours qu'il te faut?
ISABELLE
Certaine feinte, Adraste, a ton âme déçue, Feinte qui me sera glorieuse à l'issue; . Je reviens de ce pas : donne-moi seulement Le loisir de parler à la reine un moment. Et tu seras fâché de m'avoir méprisée, Si de te détromper je suis autorisée.
( Elle sort.) ADRASTE.
Perfide, c'est assez, ne va point concevoir
Par quel nouveau moyen tu me peux décevoir;
Quelques inventions que ton esprit essaie ,
Parler de me guérir c'est irriter ma plaie.
Que de feinte en un cœur! que ce sexe a d'attraits,
Et qu'il est malaisé d'échapper de ses rets!
Que nature a donné peu de prudence aux hommes;
Qu'elle nous haïssoit , abusés que nous sommes ,
Quand, nous établissant en ce mortel séjour.
Elle fit qu'avec nous ce sexe vît le jour!
S'il a quelques appas, qu'il a de tyrannie!
Notre bien dépendoit d'être sans compagnie