‹ uvres de Jean RotrouChapitre 280 sur 422 · ISABELLE, ADRASTE · texte numérisé non relu

ISABELLE, ADRASTE

ADRASTE,y2ïcAe.

La reine est-elle encore au lit?

ISABELLE a part.

Quel trouble de raison dedans ses yeux se lit! Je laisse bien languir un amant si fidèle.

(Haut.)

Elle repose encor, mais que voulez-vous d'elle ?

ADRASTE

Lui présenter mes vœux, sur le point de partir.

ISABELLE

Quoi , nous quitter, Adraste , et sans m'en avertir I

ADRASTE

Oui, quitter la plus vile et la plus odieuse

Que puisse dédaigner une âme furieuse ,

Le cœur le plus ingrat et le plus criminel

Qui mérita jamais un supplice éternel;

Oui partir, et quitter, fuyant ta compagnie^

La même cruauté , la même tyrannie .

Emploie, emploie ici tes plus charmans appas,

Témoigne des douleurs que tu ne ressens pas;

Plains-toi, romps tes cheveux, gémis, pleure, hypocrite^

Vante-moi ton amour, exalte ton mérite,

Soupire, embrasse-moi, feins encor de brûler,

Songe à tout ce qu'il faut pour bien dissimuler ;

Appelle-moi jaloux, atteste ciel et terre,

Prends l'enfer à témoin, jure par le tonnerre,

Sqo les occasions perdues,

Hausse devers le ciel tes odieuses mains :

Mais ton crime est visible, et ces moyens sont vains.

Ta haine ne tient plus ma croyance agitée ,

Si j'en doutois encor, je Taurois méritée.

Quoi ton âme s'étonne, et la voix te défaut?

Commence un peu, volage, à feindre comme il faut.

ISABELLE

Pardonne, cher amant, je vais t'oter de peine....

(A part.)

Mais pour mon intérêt dois-je trahir la reine? Hélas! que ce secret est fatal à mes jours! Laissons, laissons plutôt ruiner nos amours.

ADRASTE

Enfin tu trouves donc ma plainte légitime , Perfide, et, te taisant, tu confesses ton crime?

ISABELLE

Dégorgez autre part votre esprit furieux. Et ne me tenez plus ces mots injurieux, Adraste; mon amour fait que je les supporte; Mais ne me venez plus outrager de la sorte , Ou vous me pourrez tant blâmer de trahison Qu'à la fin je ferai que vous aurez raison. Que je rendrai mon cœur capable de ce vice ; Ainsi vous vous plaindrez avec plus de justice.

ADRASTE

Esprit dissimulé s'il eji est sous les cieux. Veux-tu qu'en ta faveur je démente mes yeux? Et pour ne croire pas combien ton cœur est traître , Dis-moi, dois-je accuser mon jugement de l'être? Ce que je vis hier, fut-ce une illusion? Et n'entendis-je rien à ta confusion?

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