‹ uvres de Jean RotrouChapitre 285 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Et cette qualité vous est si naturelle;

Si vos légèretés vous font rougir ainsi ,

Vous devez donc rougir d'être une femme aussi.

1 ISABELLE

i Quoi, ton esprit, mon cœur, cède à la jalousie? , J'entends parler ainsi la même courtoisie; I ïu nous traites ainsi , tu l'oses , tu le peux ,

Et la moindre du sexe a reçu de tes vœux ?

Puis-je voir Clorimand une fois en colère, i Lui qui m'a si souvent protesté de me plaire?

De quelle étrange humeur te trouvé-je en ce jour?

Quoi, veux-tu désormais traiter ainsi l'amour?

CLORIMAND, tenant une lettre^ et montrant du doigt ^ lit.

ce Adraste ne diffère plus , » On n'attend rien que tes demandes. » \ Sont-ce là de mon mal des preuves assez grandes?

(Continuant à lire. )

j « Le ciel a reçu tes offrandes ,

ce Tous ces écrits sont superflus. »

I Cela suffît-il pas? que désirez-vous plus? Et quelle plus fidèle et plus forte assurance Me pouvoit délivrer de ma vaine espérance? Mais achevons.

( Continuant à lire. )

y ce Hymen dût avoir joint nos jours. -^

\ Je suis après cela l'objet de vos amours?

Je vous croirois, madame, à mon sujet atteinte?

Levez , levez le masque , et confessez la feinte ; ' Vous ouvrîtes l'oreille à de mauvais conseils ' Quand vous eûtes l'avis de gausser mes pareils ;

Et quelque vanité qu'on impute à mon âme ,

Croyez qu'elle a brûlé d'une aussi belle flamme ; M'aimant, en quelque rang qu'on vous tienne à la cour, Vous auriez partagé l'honneur comme l'amour.

ISABELLE, a part.

Son visage est si doux, que même en sa colère Il a je ne sais quoi qui ne me peut déplaire. Me dût-on reprocher de changer à tout vent, Adraste, tu n'es plus en mon cœur guère avant; Cet étranger a mis tant d'appas en sa plainte, Que l'effet pourroit bien succéder à la feinte.

CLORIMAND.

Toutefois, n'épargnez ni mes soins ni ce bras,

Devant vous seulement je mets les armes bas;

On ne fera faillir ni tomber mon épée

Si jamais pour vous plaire on la voit occupée;

J'aime de vous servir, et, malgré vos mépris,

Je n'ai point résolu de guérir mes esprits.

Mon dessein n'a pas fait une amitié si forte,

Mon inclination bien plus que lui m'y porte;

Je jure de jamais n'aimer en d'autre lieu,

Moins pour vous obliger, que pour me plaire. Adieu.

ISABELLE, pleurant.

C'est fait, je ne puis plus résister à ses charmes. Mon tout, encore un mot, arrête, vois mes larmes, Je brûle, Clorimand, d'un véritable feu.... Mais la voix me défaut.... Mon cœur, attends un peu.

CLORIMAND.

N'irritez point, cruelle, une douleur extrême; Sensible à mon amour, ou froide, je vous aime : Madame, eh! n'est-ce pas assez de l'amitié,

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