ACTE IV, SCENE VI. 4o
CLÉONTE, a part.
Qu'une fille est timide en l'art de bien aimer ! Elle veut que j ^entende, et ne m'ose nommer, Me connoît pour l'auteur de son nouveau martyre , Voudroit que je le susse, et ne me l'ose dire.
(Haut.)
Ne celez plus ce nom à mon esprit douteux, Madame. Ah ! que l'Amour est un enfant honteux !
Tu connois l'Espagnol dont j'ai sauvé la vie. Son mérite , Cléonte , a mon âme ravie.
CLÉOJYTE.
Votre cœur est trop noble et dément votre voix.
Ah! mon cœur n'est plus libre, il dépend de ses lois.
CLÉONTE
Ah dieux ! quelle infortune à la nôtre est pareille ? M'est-il ici permis de croire mon oreille? Que mes vœux soient déçus? et qu'un vil étranger Doive dessous ses lois nos fortunes ranger?
Un qui peut espérer l'infante de Sicile, Estimez-vous sa gloire et sa naissance vile?
CLÉONTE
Peignez-le glorieux entre tous les mortels, Figurez sa vertu digne de mille autels, Trouvez en son esprit des qualités extrêmes, Pour le bien élever abaissez les dieux mêmes , Faites-le sur la terre unique de son rang, Entre vos bras le mien lui percera le flanc.
4o6 LES OCCASIONS PERDUES,
C'est trop être vous-même à vous-même ennemie: Ce fer exemptera vous et nous d'infamie.
(Il sort.)
LA REINE seule.
Désespère, déteste, élève mont sur mont, Un myrte toutefois couronnera son front.... Mais, simple, laisses-tu cette injure impunie? De tes propres sujets souffrir la tyrannie! Sus qui contentera mon esprit irrité?
Qui le veut immoler à mon autorité?
Courez! assassinez l'ennemi de ma joie, Qu'en son coupable sang ma colère se noie I
FIN DU QUATRIEME ACTE