ACTE V, SCÈNE IV. 4i
ADRASTE
Isabelle innocente! et que seul je lui plaise! Qu'as-tu dit? quel bonheur est pareil à mon aise? Ah! ne t'oppose point au bien de nos amours, Que je ruinerois en t'offrant du secours. La faveur de la reine étant si nécessaire A ma pudique ardeur, je n'ose lui déplaire; Mille pourront servir ton esprit irrité , Ne me fais point mourir, m'ayant ressuscité. En tout autre sujet use de mon épée , Elle n'est pas plus tôt requise qu'occupée. Adieu, tu m'as tiré de si profonds ennuis Qu'à peine je me sens en l'état où je suis.
(Il sort.) CLÉOITTE seul.
O le parfait ami! l'invincible courage!
! Mars, sans doute, vivoit sous ce même visage; Sa lame est de valeur, s'il en est sous les cieux, Il n'en use jamais pour la conserver mieux. Mais toi, tu parois lâche, et tu dusses, Cléonte, En son infâme sang avoir noyé sa honte ; Le véritable ami , tout intérêt soumis , S'offre les yeux bandés à servir ses amis. Mais que m'eût son trépas apporté d'allégeance? Un plus sensible affront appelle ma vengeance. Que mes meilleurs amis me manquent de secours, Que je trouve leurs cœurs à ma prière sourds, Ma main seule, toute autre en vain sollicitée, Prouvera ce que peut une amour irritée.
(Il sort.)
4i4 LES OCCASIONS PERDUES,