‹ uvres de Jean RotrouChapitre 300 sur 422 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LES mêmes; CLEONTE, Vèpée a la main; SUITE de Cléonte.

CLÉONTE

Es-tu cet Espagnol? que veux-tu? qui t'amène? Parle. Donnons, c'est lui, ne soyons plus en peine.

LE ROI, j"e défendant.

Oui, je suis Espagnol; mais ce discours est vain, Et tu le vas assez apprendre de ma main.

CLORiMAND et Lfsis , répée nue.

A moi, traîtres, à moi ! c'est trop peu de courage Que d'attaquer un seul avec cet avantage , Quoiqu'encor le succès soit bien loin de vos vœux, Et qu'étant Espagnol il en vaille bien deux.

( Us se baUent tous. ) Tome I. 27

4i8 LES OCCASIONS PERDUES,

C'LÉO'NT'E^Jliyant.

D'autres l'auront suivi, qui sont cachés dans l'ombre; Amis, retirons-nous, il faut céder au nombre.

(Il sort avec sa suite. )

CLORiMAND, les prenant pour des voleurs.

Fuyez, fuyez, voleurs, un juste châtiment: Vos pareils sont adroits , mais des pieds seulement. C'est où vous assurez vos âmes criminelles ; Toujours vos lâchetés vous attachent des ailes; Ainsi pour vous punir nos courages sont vains , Car vous volez des pieds ayant volé des mains. Que je trouve ce soir la fortune propice ! Mais que j'apprenne à qui j'ai rendu cet office.

LE ROI

Aux noms d'ambassadeur et d'Espagnol, jugez Qui vous parle en ces lieux , et qui vous obligez ; Et, si vous désirez contenter mon envie, Que j'apprenne, à mon tour, à qui je dois la vie.

CLORIMAND.

Clorimand est mon nom.

LE ROI

Ah dieux! qu'ai-je entendu?

Qui devoit m'attaquer m'auroit-il défendu? Que fait pour vos amis un si noble courage , S'il est propice à ceux qui vous ont fait outrage? Donnez-vous du secours à qui vous a trahi ?

CLORIMAWD.

Ah ciel! qu'à ce discours je demeure ébahi!

O dieux! ô Clorimand, le plus heureux des hommes

De rencontrer son prince au séjour où nous sommes!

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