SCÈNE II
LES mêmes; ROSELIE en villageoise, FLORIS, sa nourrice.
ROSÉLiE , passant derrière le roi et sa suite.
Dieux! que tu m'as fait prendre un dessein frénétique! Je n'ose ouvrir les yeux en cet habit rustique. La reine ne vient point : l'état où je me voi Me fait imaginer que chacun rit de moi,
FLORIS
Courez où bon vous semble^ à la fin je suis lasse; Yous n'arrêtez jamais en une même place; Nous allons, nous tournons, nous voilà, nous voici; Craignez-vous que nos pieds prennent racine ici ?
ROSÉLIE.
Suis-moi six pas encor, je serai satisfaite: Ces villageois riront de me voir ainsi faite.
LE ROT
Adorable beauté!
ROSÉLIE.
Vois comme ils vont gausser.
( Elles s'enfuient. )
LE ROI
Mais, dieux! c'est un éclair qui n'a fait que passer; La farouche qu'elle est se dérobe à ma vue : As-tu Yu de quels traits cette belle est pourvue? Combien de doux appas de ses yeux sont partis? As-tu le cœur de chair? les as-tu ressentis? Ou plutôt par les miens, sous la forme de flamme, N'as-tu point vu sortir ni mon cœur, ni mon âme? Que de petits Amours volent dans ses cheveux. Et qu'en ce peu de temps ils m'ont ôté de vœux! Timandre, cours après, sois propice à ma flamme, Et ramène à mes yeux cet objet de mon âme.
TIMANDRE.
Vous devez différer ces frivoles amours, Car vos affaires , sire , ont pris un autre cours ; Elles sont d'importance , et sont trop avancées Pour souffrir maintenant de si basses pensées.
En connois-tu le genre, as-tu lu dans mon sein? Découvres-tu ma flamme, et sais-tu mon dessein? Crois-tu que la nature ait produit un visage Beau comme cet objet de mon nouveau servage? Cours, trouve ces beaux yeux qui m'ont ravi les sens^, Fais que je rende hommage à ces astres naissans.
TIMANDRE.
Afin qu'une paysanne ait sur vous tant de force, Il faut qu'elle ait usé d'une secrète amorce ; Elle porte sur soi quelque charme caché Dont elle a votre cœur si promptement touché.
LE ROI
Ne les as-tu pas vus ces adorables charmes?
Ton cœur comme le mien ne rend-il pas les armes?