‹ uvres de Jean RotrouChapitre 312 sur 422 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ROSÉLIE, FLORIS.

ROSÉLIE.

Qu'elle tarde à venir!

FLORIS

Vienne ou ne vienne pas, Que je perde le jour si je vous suis d'un pas,

ROSÉLIE.

Tu dois appréhender que je ne sois connue , Car ta seule prière a causé ma venue ;

44o L'HEUREUSE CONSTANCE,

Toi seule, tu m'as mise au point oii me voici. Je mourrois de regret que l'on me vît ainsi; Combien sur ma folie on trouveroit à mordre ! Mon col est bien orné, mes cheveux en bel ordre! Je rougis seulement de paroître à tes yeux; Mais c'est pour obliger ton esprit curieux.

FLORIS

Quoi ! vous ne croyez pas être assez agréable ? Je meure si jamais vous fûtes plus aimable, Si dessous ces habits vous n'avez des appas Que les perles et l'or ne vous donneroient pas. L'art ne peut aiguiser des traits comme les vôtres , Il sied à des beautés , il ne sied pas à d'autres : Un visage commun s'embellit par le fard ; Un beau n'a point besoin des ornemens de l'art. Comme un autre, jadis, le mien eut quelque grâce, Mais qui n'éclate plus, la vieillesse l'efface; Alors tous mes amans s'accordoient en ce point, Que les plus beaux habits ne m'embellissoient point, Qu'ils aimoient seulement ma beauté naturelle , Qu'avec tant d'ornemens je paroissois moins belle, Et que de beaux objets, comme la vérité. N'éclatent jamais tant qu'en la simplicité. Que le temps est changé! maintenant mes oreilles Ne se repaissent plus de louanges pareilles.

ROSÉLIE,

Hélas! te déplaît-il d'être sans amoureux? Regarde en quel état on m'a mise pour eux; Tu me vois exilée en ce pays champêtre, Hors du doux élément où le ciel m'a fait naître; Mon frère me défend de paroître à la cour;

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