‹ uvres de Jean RotrouChapitre 313 sur 422 · ACTE I, SCÈNE III. 44i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 44i

Il accuse mes yeux de donner trop d'amour; Ayant appris qu'AIcandre estimoit mon visage, II me retient captive en ce pays sauvage, Où les bois et les eaux sont tout ce que je vois , Où je n'ai d'entretien que mes pensers et toi,

FLORIS

Alcandre me plaît fort ; c'est un aimable prince S'il en vécut jamais dedans cette province. Que vous seriez heureuse en vivant sous sa loi! C'est un charmant époux que le frère d'un roi. Quel homme vient à nous?

( Timandre vient. )

ROSÉLIE, le regardant.

Que le sort m'est contraire Qui m'expose ainsi faite aux regards de mon frère! Cachons-nous d'un mouchoir au mieux qu'il se pourra: Au moins, si c'est en vain, la feinte lui plaira.

(Elles veulent s'en aller. ) TIMANDRE.

Un mot , la belle , un mot.

ROSÉLIE.

Quatre si bon vous semble.

(A part.)

Je sens rougir mon front, et tout le corps me tremble.

(Elles se cachent le visage de leur mouchoir. ) TIMANDRE.

Pourquoi me cachez-vous la douceur de ces yeux Par qui l'Amour a fait un coup si glorieux? Connoissez-vous leur grâce, en savez-vous la force?

442 L'HEUREUSE CONSTAKCE,

Craignez-vous que mon cœur se rende à leur amorce? Tiennent-ils à mépris le titre de vainqueurs; Ne désirent-ils pas l'être de tous les cœurs ?

ROSÉLIE.

Simple, et qui n'ai jamais fréquenté les écoles, Je ne puis que répondre à ces belles paroles.

TIMANDRE.

Donc, sans me repartir, accompagnez mes pas: Le roi veut rendre hommage à vos divins appas.

ROSÉLIE.

C'est peut-être aujourd'hui la fête du village,

Et c'est le roi du bal qui me veut rendre hommage ?

TIMANDRE.

Non, le roi de Hongrie adore vos beautés,

Vos charmes sans pareils ont ses yeux enchantés;

Il avoit résolu de voir ici la reine

Qui vient de ses états être la souveraine.

Et, sous de faux habits l'attendant en. ces lieux,'

Il s'est trouvé surpris à l'éclat de vos yeux.

ROSÉLIE.

Et vous, qui m'apportez cette heureuse nouvelle, Vous avez pris le soin d'une charge si belle ?

TIMANDRE.

Plût au ciel qu'on lui pût déplaire impunément, Et secouer le joug de son commandement! Au lieu de vous conter que ce prince vous aime , Que je serois heureux de parler pour moi-même! Mais las! je suis réduit sous la sévère loi De prier pour un autre, et désirer pour moi.

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