‹ uvres de Jean RotrouChapitre 314 sur 422 · ACTE I, SCETn"E III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCETn"E III

ROSÉLIE.

N'en soyez point jaloux : selon que je propose,

Et vous et ce grand prince obtiendrez même chose ,

Car pour toute faveur vous n'aurez qu'un adieu.

TIMANDRE.

Non , ce n'est pas ainsi que l'on sort de ce lieu ; Il faut suivre mes pas, ma charge est trop expresse; Songez de quelle part ma parole vous presse; Vous dussiez estimer cet honneur glorieux : D'un amant, gardez-vous de faire un furieux.

ROSÉ LIE, s'ôtant le mouchoir du visage.

Cruel, dois-tu porter ces mots à mes pareilles, Et voudrois-tu bien voir ce que tu me conseilles? Ne porterois-tu pas un poignard dans mon sein , Si je te promettois d'accomplir ton dessein?

TIMANDEE.

Ah! ma sœur, est-ce vous?

ROSÉLIE.

Il fallait qu'en personne Le roi vînt m'apporter son sceptre et sa couronne , Employer contre moi tous ses vœux, et ses soins , Chasser d'ici le jour, en bannir les témoins, Ne laisser en ce lieu qu'amour et le silence , Gémir, verser des pleurs, user de violence, Par un vrai désespoir prouver de vrais ennuis, C'étoit là le moyen de savoir qui je suis; Enfin vous auriez vu qu'avec toute sa peine 11 n'auroit eu pour moi qu'une espérance vaine. Jeter à mon bonheur vous-même l'hameçon , C étoit là m'éprouver de mauvaise façon ;

Faites de mon esprit davantage de compte, Et n'appréhendez point de rougir de ma honte , Quand mes phis doux plaisirs ne seroient pas bornés Par l'enclos du village où vous me retenez.

TIMANDRE.

Achève, chère sœur, cette inutile plainte; Je ne conçus jamais une pareille feinte: Je crois que ta sagesse est sans comparaison, Que rien ne doit veiller sur toi que ta raison; Crois que je suis sensible au sujet qui t'afflige, Qu'à ton éloignement la contrainte m'oblige; Car connoissant qu'Alcandre estimoit tes appas , Quoiqu'd soit de naissance à ne l'épouser pas, Devions-nous pas, ma sœur, redouter l'insolence D'un qui peut employer jusqu'à la violence , Qui peut effectuer d'un empire absolu.

Etant frère du roi, quoi qu'il ait résolu? Mais, ce mal est suivi de la pire infortune Qui pouvoit jamais être à nos jours importune: Je crains de succomber au soin que je te doi , Tâchant de résister aux passions du roi. Espérer que l'hymen t'honore de sa couche. Ce discours seulement messied à notre bouche; Aussi, qu'aucun respect le puisse modérer, C'est ce que son humeur me défend d'espérer; Il faut que tout succède à cette âme hautaine, Le ciel ne rendroit pas son entreprise vaine; La force ou la colère éteindront ses amours, Il n'épargnera pas ton honneur ou nos jours.

ROSÉLIE.

J'apprends de ce discours ma dernière aventure, C'est que Ton me prépare une étroite clôture ;

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