SCÈNE IV
ARTHËMISE, reine de Dalmatie; FLORINÉE, SUITE de la reine.
Paris larde beaucoup; je brûle, Florinée, De voir à quel époux le ciel m'a destinée,
(Paris, suivi d'Argant, entre avec un air triste.) FLORINÉE.
Madame, le voici, soyez plus en repos; Certes, vous n'en pouviez parler plus à propos.
PARIS , tirant son épée , et la mettant aux pieds de la reine.
Il n'est malheur égal à celui de ma vie : Madame, commandez qu'elle me soit ravie;
Je viens offrir ce corps au trépas mérité Par quiconque déplaît à votre majesté ; Je suis digne de mort, l'ayant désobligée ^ Et je mourrai content si vous êtes vengée.
Si tu m'as pu fâcher, c'est par ces longs discours; Achève, quel malheur traverse nos amours?
PARIS
Que la constance est rare au séjour où nous sommes , Et qu'elle arrête peu dans les esprits des hommes! Qu'on trouve de folie aux cerveaux les plus sains, Et qu'il faut peu de chose à changer leurs desseins! Qu'un muable destin lient leur âme asservie, Et que le vent est stable au prix de leur envie î
Je sais d'où te provient cette admiration; Le roi s'est repenti de son élection.
PARIS
Que ses légèretés n'ont un autre ministre!
Pourquoi m'a-t-il choisi pour ce corbeau sinistre !
Mais c'est faire languir votre esprit trop long-temps,
Et je diffère trop le trépas que j'attends.
Le roi veut que Paris vous remène en vos terres;
A ce mot, justes dieux! où sont tous vos tonnerres?
Son esprit est changé, votre espoir est déçu.
Par le moindre sujet qu'on ait jamais conçu:
J'ai trop bien exprimé les traits de ce visage,
Et peignant un soleil, j'ai causé de l'ombrage;
Il a cru que, faisant tant d'admiration.
Je lui parlois de vous par inclination.