ACTE II, SCENE IV
Levez-vous, c'est assez, vous m'avez obligée De m'apprendre un affront dont je mourrai vengée; Mieux vaut connoitre tôt ces esprits inconstans, Que quand l'hymen nous joint, et qu'il n'en est plus temps; Au reste , si de vous cette humeur lui procède , Il faut que son mérite à vos mérites cède ; Et vos perfections sont plus dignes de moi , Car on n'est point jaloux d'un moins parfait que soi : Piendre les soupçons vrais , c'est le propre des femmes. Paris, il faut qu'hymen conjoigne nos deux âmes; Mes desseins valent faits aussitôt que conçus; Partons, il ne faut point méditer là-dessus. (Elle sort avec Florinée.)
ARGANT
O dieux! l'heureux effet d'avoir loué la reine! La résolution que j'avois faite est vaine. Monsieur, je loûrai tout, et ferai des jaloux, Tant que, par ce moyen, je sois roi comme vous.
PARIS, étonné.
Ici le sort, Paris, éprouve ta constance. Pourras-tu contre un sceptre user de résistance? Ici deux déités se présentent à toi , L'une te rend heureux, et l'autre te fait roij Roséhe et la reine ont des appas extrêmes. L'une offre des plaisirs, l'autre des diadèmes; C'est à toi de nommer ou Vénus, ou Junon ; Mais imite celui dont tu portes le nom. Agréable Cypris, divine Rosélie, J'incline en ta faveur, ton mérite me lie;
L'espoir de t'acquérir me fait tout dédaigner, Je préfère tes fers à l'honneur de régner.
ARGANT
Dieux! qu'un astre insensé régit sa destinée! Le plaisant Don Quichotte avec sa Dulcinée! Je crois qu'on le gaussoit, lui parlant d'être roi: Fut-il jamais Sancho plus malheureux que moi?