ACTE III, SCÈNE IL
ARGANT
Quoi! VOUS n'acceptez pas ce qu'elle vous présente?
Monsieur, une couronne est-elle si pesante?
Je m'offre à soutenir la moitié de ce faix;
Ou, s'il ne vous suffît de l'offre que je fais,
Je la porterai seul, j'accepte cette peine;
Vous n'aurez qu'à cueillir les faveurs de la reine.
PAPiIS.
Ah! qu'elle pèseroit sur ton cerveau léger! ïu connois mal un bien dont tu crois bien juger; Peu savent ce qu'on souffre à régir un empire , Et c'est pourtant un but où tout le monde aspire. Quand nous voyons du port des navires flottans, Pleins de riche butin, et caressés du temps. Chacun est envieux du bonheur de leur maître, Et, des premiers, Argant souhaiteroit de l'être: Mais quand le vent combat contre les matelots , Qu'il leur faut aplanir des montagnes de flots, Que l'orage fait naître une nuit sans étoiles, Fend le flanc des vaisseaux et déchire les voiles , Il faut être assisté par un puissant démon Pour ne se fâcher pas d'avoir pris le timon. Nous envions les rois; mais, connoissant leur vie. Nous saurions bien souvent qu'ils nous portent envie;
Beaucoup éviteroient ce qu'ils ont désiré:
Le destin médiocre est le plus assuré.
Etablissant mon trône au sein de Rosélie,
Je m'exempte de soins et de mélancolie;
Et je ne puis avoir de si cuisans soucis.
Que ses moindres faveurs ne rendent adoucis.
Partons sans différer : je me sens tout de flamme;
Je meurs que je ne voi cet objet de mon âme.
ARGANT
Et moi je meurs aussi, mais de regret de voir
Les biens et les honneurs sur nos têtes pleuvoir,
Et que vous n'ayez pas le jugement de prendre
Ce qui tombe en vos mains si vous les voulez tendre.
Comment se résoudra mon esprit furieux?
Je me croyois déjà chancelier de ces lieux.
(Ils sortent.)