SCÈNE III
(en HONGRIE.)
LE ROI, LYSANOR. .
LE ROI
Quoi ! mon frère a fléchi cette beauté cruelle ! Amour les fait brûler d'une ardeur mutuelle ! Où peux-tu, Lysanor, fonder ce jugement? Car s'ils traitent l'amour, c'est bien secrètement.
LYSANOR.
Sire, en l'extrême point où leur flamme est venue,
Il est bien malaisé qu'elle ne soit connue ;
Il faut bien se contraindre en cette passion,
Et savoir bien user de la discrétion.
Cet art avec l'amour rarement se rencontre;
Souvent le trop grand soin de la cacher la montre;
N'oser ouvrir les yeux , retenir trop sa voix ,
Si l'on parle d'amour, médire de ses lois;
Feindre devant le monde une froideur extrême ,
Pensant tromper autrui, c'est se tromper soi-même.
Depuis qu'on est si froid, et qu'on parle si peu,
Dès lors je crois qu'on aime, et qu'on est tout de feu.