LE MESSAGER
Sire , nous avons su qu'une reine animée Prépare contre vous une puissante armée; On dit que son affront a ce malheur produit; Toute notre frontière est pleine de ce bruit; Et nous n'espérons pas surmonter cet orage, Si votre majesté n'arme contre sa rage.
Je proposois déjà de pourvoir là-dessus , Et je ne trouve point mes sentimens déçus j
Je me fîgurois bien, rompant ce mariage, Qu'elle s'alloit armer pour un second voyage ; Mais si le ciel permet ce que j'ai projeté. J'ai de quoi retenir son animosité, Et de quoi m'acquérir le bonheur que j'espère. Eloignant de ces lieux l'auteur de ma misère.
( Lysanor et le messager sortent. )
Allez quérir Alcandre. Heureuse invention! Dernier et seul espoir de mon affection! Par toi je fléchirai cette belle inhumaine; Elle sera sensible à l'excès de ma peine ; Elle ne pourra plus serrer que mes liens ; Elle n'aura plus d'yeux à sécher que les miens. Depuis qu'on a perdu l'objet de ses pensées, Les inclinations sont bientôt effacées; Et le temps, étouffant les regrets plus cuisans. Nous a bientôt rangés sous les objets présens; Quelque appréhension que l'hiver fasse naître , On s'y résout pourtant quand Tété cesse d'être ; Quand elle n'aura plus à répondre qu'à moi. J'aurai plus de moyen. Mais il vient, je le voi.
(Alcandre vient avec Lysanor^ Ogier, valet d' Alcandre , les suit.)
Vous venez partager une affaire importante Oii vos contentemens passeront votre attente, La couronne d'hymen va ceindre votre front; Mille petits Amours en Cythère la font; Et celle de monarque en Dalmatie est prête De vous donner ce titre, et d'orner votre tête. La reine veut venger l'affront qu'elle a reçu, Mais j'ai contre ce mal un remède conçu ; Vous pouvez de ses mains faire tomber les armes, Assurer mon repos, et jouir de ses charmes :