ACTE TU, SCENE III
Il faut vous disposer à voir sa majesté, Pour réparer l'hymen que j'avois projeté ; Dire que ne pouvant à mes vœux satisfaire, Pour des raisons d'état, et que nous devons taire , En vous, je crois moi-même accepter cet honneur. Si nous devons encor espérer ce bonheur. J'enverrai de mes gens disposer son courage, A ne pas rejeter cet heureux mariage; Ici, pour m'assurer de votre affection, Répondez seulement par l'exécution.
ALCANDRE
Monsieur....
LE ROI
Que serviront ces répliques frivoles ?
On peint l'obéissance aveugle et sans paroles; Contre ceux que j'ai pris tout autre avis est vain.
ALCANDRE
Au moins, qu'en ce départ je baise votre main;
Après, espérez tout de l'entière puissance
Que vous donnent sur moi le sceptre et la naissance,
LE ROI
Oui, la voilà ma main, mais pour vous avertir Que c'est par ce côté que vous devez partir.
(Il sort.)
ALCANDRE, seul uvec Ogîer, son valet, O mort! dernier recours d'un esprit misérable. Si jamais un mortel t'éprouva favorable , Si jamais ton secours a guéri des amans , Je t'implore, déesse, allège mes tourmens! N'attaque point ces cœurs que flatte la fortune, Et que l'unique peur de tes dards importune;
Ces amans qui, plongés en des mers de plaisirs, Possèdent tant de biens qu'ils manquent de désirs; Pour éviter les noms d'injuste et de barbare , Ne les traverse point en un bonheur si rare ; Viens me soustraire aux coups d'un sort injurieux^ Je ne te donnerai que des noms glorieux. Viens, aveugle déesse, en finissant ma peine, Ouïr les qualités de propice et d'humaine.
OGIER
Partons, je trouverai dans mes inventions De quoi frustrer le roi de ses prétentions ; Étouffez seulement cette mélancolie, Et croyez que je puis.... Mais voici Rosélie.
(Rosëlie paroît.)
ALCANDRE, à RoséUe.
Partagez les douleurs de mon esprit confus , Bel astre de mes jours, vous ne me luirez plus. Quelque démon jaloux a découvert nos flammes; On sépare nos corps , pour séparer nos âmes. Mais on espère en vain d'obtenir cet effet; On n'ébranlera point le dessein que j'ai fait. Qu'avec tous ses efforts la fortune me brave. Je ne changerai point, je mourrai votre esclave.
ROSÉLIE.
Mon cœur, rends là-dessus mon esprit éclairci; Pourquoi me laisses-tu si long-temps en souci?
ALCANDRE
Las! sans vous affliger, vous puis-je ôter de peine? Le roi me sacrifie au courroux d'une reine ; Il veut , pour apaiser son animosité , Que j'aille posséder ce qu'il a rebuté :