SCÈNE IL
Les mêmes, LYSANOR, suite.
LYS AJ^OB., présentant à Rosélie un bassin ou est la couronne.
Voyez, chaste beauté, le prix de vos appas; Si le roi vous chérit, si son âme est sans feinte. Et si l'intention qu'il a pour vous est sainte. Il vous presse par moi d'accepter ce présent , Et de flatter d'un mot son martyre cuisant.
Conservez-nous, madame, un si puissant monarque, Ne l'abandonnez pas au pouvoir de la Parque; Vos froideurs font en lui le plus sensible effort Qui fît jamais résoudre un amant à la mort.
ROSÉLIE.
Le roi m'honore trop, il saura par moi-même Comment je suis sensible à cet honneur extrême,
LYSANOR, mettant le bassin sur une table. Madame, vous rendrez ce prince réjoui, Sans autres complimens que le seul mot d'oui.
(Il sort avec sa suite.) FLORIS.
Eh bien , refusez-vous un bonheur si sensible ? Conservez- VOUS encore un courage invincible? Et ce dernier assaut ne vous peut-il dompter Ici que la victoire est tant à redouter, Ici qu'elle vous ôte une offre si parfaite. Ici que la couronne honore la défaite?
Aimez, aimez ce prince, allégez son souci.
ROSÉLIE.
Adieu, retire-toi, laisse-moi seule ici.
FLORIS
Ne considérez point cette vaine constance, Madame , un fol refus traîne sa repentance.
(Elle sort.)
ROSÉLIE, seule assise, et regardant la couronne.
Pour qui dois-je incliner de deux objets puissans Dont l'un m'ôte le cœur, l'autre éblouit mes sens? Quel envieux démon suscite la fortune D'offrir à mes regards sa grandeur importune? Les charmes de l'amour ne suffîsoient-ils pas?