ACTE V, SCENE II
Puis-je de tous les deux accorder les appas? Amour! dieux, quel abus égale ma folie! Aimerai-je toujours un ingrat qui m'oublie? Portons ailleurs l'ardeur de nos vœux superflus: Mais qu'aimerois-je, hélas! si je ne l'aime plus? Sors par un tel effort de ce honteux servage, La couronne est le prix de ce coup de courage. Non, je préfère Alcandre aux plus rares objets, Le roi de mes désirs vaut mieux que des sujets ; Je vis plus glorieuse en son obéissance , Que si je possédois une entière puissance. Oui; mais il a jugé mon destin trop heureux. Alors qu'il présidoit à mon cœur amoureux; Du rang de ses sujets l'ingrat m'a séparée , Comme si le servant j'étois trop honorée;
lEt pour l'heur d'obéir que je me vois ravir, Un roi plus glorieux m'offre de me servir. Contentons ce monarque, acceptons sa couronne, Partageons avec lui l'éclat qui l'environne;
' Otons-nous pour jamais ce brasier hors du sein, Alcandre, cet ingrat, consent à ce dessein. Alcandre , hélas ! ce mot divertit mon envie , Pour ne l'adorer plus, il faut perdre la vie; Ma résolution ne se peut altérer , Quelque espoir que lui-même ait de nous séparer.
( Floris revient.) (Elle repousse le bassiu.)
FLOKIS.
Un marchand étranger m'a donné cette lettre, Et je la viens, madame, entre vos mains remettre.
R o s É L I E , prenant la lettre.
Ne le puis-je pas voir?
FLORIS
Il est encore ici.
ROSiÎLiE, lisant l'adresse.
«Au perfide sujet de mon cuisant souci!»
;A floris.) (Floris sort.)
Priez-le donc d'entrer. Ai-je offensé personne Qui me doive donner ce titre qui m'étonne?
(Elle ouvre la lettre et lit)
Contenu de la lettre.
«Donc vous m'avez manqué de foi!
» Votre âme s'est rendue, » Et vous donnez au roi » La faveur qui m'est due:
» Donc, 6 plus rare objet qui respire le jour, » La Fortune a vaincu l'Amour.
» Tant de travaux que j'ai soufferts » Et ma longue tristesse »
(Là Alcandre entre déguisé en marchand j et Rosélie lui rend la lettre sans Fachever.)
Tiens, ce n'est pas à moi que cet écrit s'adresse.
ALCANDRE, la lui rendant.
On m'a chargé pourtant de faire voir ces vers Au plus muable objet qui soit en l'univers.
ROSÉLIE, en colère.
Et cette occasion t'oblige à me les rendre? Impudent, insensé!... mais, ô dieux! c'est Alcandre. Cruel, viens-tu combler les malheurs de mes jours, M'apprenant de ta voix tes nouvelles amours?
ALCA.NDRE.
Je viens de mon oreille apprendre ma misère; Je me viens immoler à votre humeur légère;