‹ uvres de Jean RotrouChapitre 366 sur 422 · ACTE V, SCENE ÎV. Sog · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE ÎV. Sog

Si je dois espérer d'attirer ta pitié ; A tes chastes attraits ma liberté s'engage, Je brûle d'accomplir notre heureux mariage. Mais qui te fait couvrir tes rares ornemens Du nom de pèlerine et de ses vêtemens?

La curiosité de voir cette merveille

Qui se peut assurer de vivre sans pareille ,

Et par qui je n'étois qu'un objet de mépris,

Est l'unique sujet du travail que j'ai pris.

Mais le sort me trahit; Paris m'a reconnue,

Et comme il a paru surpris de ma venue,

Ce seigneur le gaussant, a son courroux ému;

Ils en venoient aux mains quand nous vous avons vu.

Mais que je suis confuse en ces métamorphoses!

Dois-je croire, monsieur, ce changement des choses?

Et dois-je pas encore avoir l'esprit douteux

Après avoir reçu des affronts si honteux?

Me croyez-vous sans yeux de m'envoyer ce frère

Si dissemblable à vous; si peu digne de plaire;

Et jugiez-vous mon cœur si capable d'amour,

Que de chérir ses vœux et l'épouser un jour?

Son mérite, madame, a des forces exquises; Il a de mille cœurs asservi les franchises. Qu'on l'amène en ces lieux, et qu'il vive content: J'accorde à ses désirs l'objet qui lui plaît tant.

ROSÉLIE.

O bonheur sans pareil! ô prince magnanime De rendre satisfait notre espoir légitime!

5io L'HEUREUSE CONSTANCE,

TIMAIVDRE.

O l'agréable jour! que ce déguisement

Nous comble tous d'honneur et de contentement!

ARGANT

Oui, si mon maître et moi sommes hors de ce nombre. Ayant pu tout avoir nous n'avons que de l'ombre. Si rien que ces beautés ne rend ses vœux contens , Il se peut assurer de coucher seul long-temps.

(Alcandre vient, amené par des gardes 5 Ogier le suit.)

ALCAWDRE, à /« reme.

Madame, pardonnez à l'amour sans pareille Qu'entretient en mon cœur cette rare merveille; Quoiqu'on m'eût obligé de vous offrir ma foi , Je n'ai pu violer celle qu'elle a de moi. L'homme que vous voyez a la feinte conçue, Il parut sous mon nom et vous fûtes déçue; Il jugeoit aisément, dans le dessein qu'il prit, Qu'il n'étoit pas de grâce à charmer votre esprit.

OGIER

Oh! voilà bien payer mon sei-vice fidèle!

Si mon visage est laid, au moins ma taille est belle;

Et si sa majesté parle sans fiction.

Elle a senti pour moi quelque inclination.

LA REINE, en riant.

Quelle dame à vos yeux ne seroit pas atteinte, Monsieur? Je me doutai d'une pareille feinte : Voyant la majesté de ce jeune seigneur , Certain instinct me fit lui rendre de l'honneur.

LE ROI

Mon frère, bénissez cette heureuse journée Où cette belle fille à vos vœux est donnée :

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