‹ uvres de Jean RotrouChapitre 37 sur 422 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

ÉRIMAND.

Peux-tu porter les bras en de plus nobles fers?

CLORIDAF,

Dieux! il est donc aussi des fous dans les enfers?

ÉRIMAIYD.

Oui, sitôt que ta mort de feinte sera vraie...

CLORIDAW.

Cet esprit est blessé d'une profonde plaie.

ÉRIMATfD.

Je prévois sur ton corps un coup aussi profond,

CLORIDAN

Rien ne s'oppose au mal que mille vers lui font.

ÉRIMAND.

Donc cette froide humeur ne change point de terme?

CLORIDAN

Adieu, sois toujours fou, comme moi toujours ferme.

ÉRIMAND.

Ces mots injurieux trament un coup fatal.

(Il sort.) CLORIDAN.

Adieu, c'est trop souffrir l'entretien d'un rival. Vois-je de mon malheur une preuve certaine? Pourrai-je désormais sur quoi fonder ma peine ? Et n'a-t-il point assez , en ces termes obscurs , Vanté le doux espoir de ses plaisirs futurs? Ingrate, ma misère est enfin trop connue, Et ta légèreté ne paroît que trop nue. Donc qu'espéré-je plus? Sermens, chastes désirs, Faveurs, baisers, regards, promesses, vœux, plaisirs,

6o L'HYPOCONDRIAQUE,

Cessez, vaines erreurs, d'occuper ma mémoire,

Et de m'entretenu' d'une si vaine gloire ;

Que votre illusion cède à mon jugement.

Que, n'étant plus aimé, je ne sois plus amant.

Ta rage me poursuit et n'est pas assouvie ,

Injurieux destin, par la fin de ma vie?

Mon esprit malheureux est dégagé des sens,

Et ne l'est pas du mal qu'encore je ressens.

Sans yeux, je vois l'ingrate éviter mon approche;

Sans oreilles, j'entends qu'elle est pour moi de roche;

Sans lèvres , j'aspirais à baiser son beau teint ,

Et, sans cœur, je me vois sensiblement atteint.

( Cléonice revient avec sa nourrice. ) CLÉONICE.

Toujours sourd à mes vœux?

CLORIDAF.

Où courez-vous, belle âme?

Sans éviter l'abord d'un esprit tout de flamme , Dont les moindres tourmens font pâlir les enfers, Et qui succombe enfin sous le poids de ses fers.

CLÉONICE

Si d'une telle erreur votre âme est dégagée...

CLORTIJAN.

Sous de nouvelles lois Tingrate s'est rangée;

Ma voix n'eut point d'effets, et tous ces vains esprits

Furent à mon sujet touchés de ses mépris.

CLÉONICE

Et comment parut-elle?

CLORIDAN

Avec les mêmes grâces Qui brilloient dans le monde , et fondoient tant de glaces :

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