‹ uvres de Jean RotrouChapitre 38 sur 422 · ACTE IV, SCENE IL 6i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL 6i

Son teint sembloit encore aussi frais , aussi sain ; La mort n'a pu ternir un des lis de son sein.

CLÉONICE

Et qui vous a si bien sa beauté figurée ?

CLORIDAW.

Ces mêmes yeux l'ont vue, admirée, adorée.

CLÉOjyiCE.

Donc votre esprit encore informe votre corps; La Parque n'auroit pas laissé des yeux aux morts?

CLORIDAW.

Quoi , ton âme est aveugle ; et tu crois , insensée , Me voir, en ces bas lieux, par la seule pensée?

CLÉONICE

Ah! je vis, et je vois; ce grand flambeau du jour Connoît également ma vie et mon amour, Qu'il auroit vu finir, après ce long supplice, Si le ciel pour me perdre étoit assez propice.

CLORIDAF.

Hélas! qu'un sort étrange a ses esprits blessés!

Et que dans les enfers on trouve d'insensés !

Hé! simple, où sommes-nous ? tu crois vivre, abusée;

La trame de tes jours n'est pas encore usée?

Qu'un astre favorable éclaira ton trépas ,

Et que la mort est due à qui ne la sent pas!

Mais je ne pense plus, voyant tes rêveries,

A l'aimable sujet de mes saintes furies;

Dieux ! un autre penser doit-il m'entretenir?

Je la perds justement, perdant son souvenir:

Pourrai-je désormais rentrer dans son estime ?

Ma paresse a rendu sa fuite légitime;

Et, si jamais j'obtiens un œil moins rigoureux, Elle est trop favorable , et je suis trop heureux ; Donc que tardé-je plus , courons parmi ces plaines Chercher l'unique objet qui peut finir nos peines. Puis-je tant différer, pressé d'un feu si pur? Perside s'est cachée en un lieu plus obscur : Esprits , conduisez-moi sur les bords les plus sombres Que le ciel ait choisis pour le séjour des ombres.

CLÉowiCE, tenant Cloridan.

Nourrice , à quel avis recourir désormais ? Dégagé de nos mains, je le perds pour jamais.

CLORIDAN

Après tous ces efforts , jalouse ombre traîtresse , Le repos m'est acquis au sein de ma maîtresse. Pour un seul des plaisirs qu'ensemble nous cueillons, Mon courage allumé fendroit des bataillons.

LA NOURRICE, le tenant aussî.

Que les morts ont de force! ah! dieux! en cette peine. Je perds en un moment le courage et l'haleine.

CLÉONICE

Enfin, parfait amant, c'est assez endurer, Une si belle ardeur a sujet d'espérer; L'enfer est indigné qu'un tel esprit soupire, Il accorde Perside à votre long martyre ; Et veut qu'après les traits d'un sort si rigoureux. Elle jette à son tour des soupirs amoureux. Seule je sais l'endroit où cette ombre divine Déjà mille faveurs à vos peines destine. Et, lasse de s'ébattre en ces jaloux débats. Propose de jamais ne l'être qu'en vos bras.

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