‹ uvres de Jean RotrouChapitre 370 sur 422 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

Si tu ne me veux pas autrement obéir, Si tu te plais toujours d'exciter ma colère, Jalouse , résous-toi de vivre chez ton père , Et brisons nos liens d'un dessein mutuel; Le veuvage est plus doux qu'un hymen si cruel. Je ne sors pas sitôt , que tu viens à la porte Demander où je vais, chez qui, ce que je porte; J'épousois mon tuteur à l'instant malheureux Que nous fûmes unis sous ce joug rigoureux, Tant je suis obligé de te rendre de compte , Tant ma facilité m'a procuré de honte; Mais tu fais ton devoir , tu me dois ce tourment , Car je t'entretenois trop délicatement.

Je t'aimois trop , jalouse; une amitié si forte Est ce qui t'autorise à vivre de la sorte; Mais puisque ma bonté n'a point d'autres effets, Apprends en peu de mots le dessein que je fais : C'est trop t' entretenir dans une humeur si vaine; Quand je te fournirai du chanvre, de la laine. Et des habits décens à ta condition.

Que ce soit une borne à ton ambition.

We porte plus les yeux que dessus ta servante. Que désires-tu plus afin d'être contente? Travaille, vis paisible, et ne t'ingère plus D'épier mes desseins par des soins superflus,

(La porte se ferme.)

Enfin elle est rentrée. O dieux! que cette femme Est un fâcheux obstacle à ma nouvelle flamme! Sous quel joug malheureux me trouvé-je arrêté] Pourquoi ne puis-je plus donner ma liberté? Un objet si charmant a mon âme blessée, Que je n'en saurois plus divertir ma penséq :

Un de ses entretiens, un regard seulement, Forceroit l'inconstance à l'aimer constamment.

(Montrant une épingle à cheveux en diaraans. )

Que j'aurai de bonheur si ce présent la touche, S'il m'obtient seulement un baiser de sa bouche! Ma jalouse aujourd'hui serre mal ses joyaux : Celui-ci que j'ai pris est du rang des plus beaux; Aussi je le consacre à l'objet le plus rare Qui défende aux amans la qualité d'avare.

ERGASTE, a part.

Son discours jusqu'ici ne me contente pas;

Toute l'amour qu'il a vaut moins qu'un bon repas.

(Haut.)

11 le faut aborder. Quoi , triste et solitaire ? MÉWECHME Ravi.

Hélas! t'étonnes-tu d'une humeur ordinaire? Puis-je être plus joyeux au milieu du tourment ? Et mon teint n'est-il pas la couleur d'un amant?

ERGASTE

Je suis amant aussi.

MÉNECHME Ravi.

De qui?

ERGASTE

Des bonnes chères.

Les plus rares beautés ne me sont pas si chères, Et je viens là-dessus chercher votre secours : Vous m'avez fait souvent posséder mes amours.

MENECHME Ravi.

Et tu ne me rends point cet agréable office.

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