SCÈNE III
MÉNECHME Ravi, ÉROTIE, ERGASTE.
M É N E c H M E Ravi , à Erotie .
Vous sortez justement au point qu'on vous désire ; Mais avec une grâce et des attraits si doux Que vous me forcerez à m'éloigner de vous , Si vous ne retenez les regards tout de flamme Qui m'enchantent les yeux et qui m'embrasent l'âme. Je ne puis concevoir comment chaques momens Vous peuvent apporter de nouveaux ornemens. Jadis vous paroissiez des plus belles du monde, Naguère sans pareille, aujourd'hui sans seconde. Mais le ciel voit enfin ses efforts limités. Il ne peut qu'ajouter à vos rares beautés; Et vous avez, madame, épuisé ses merveilles Si l'esprit et le corps ont des douceurs pareilles, Si ma douleur vous touche, et si vous guérissez Un homme seulement entre tant de blessés.
ÉROTIE.
Si vous ne réservez une voix si féconde.
Vous me rendrez, monsieur, la plus vaine du monde.
524 LES MENECHMES,
Et je crois qu'aujourd'hui vous avez entrepris De vous nuire vous-même et de m'être à mépris, Puisque vous m'élevez en un degré de gloire Oii rien ne m'est égal , si j'ai droit de vous croire,
MÉNECHME Ravi.
Mon amour seul aspire à cette égalité; Il est seul infini comme votre beauté.
En cet unique point vous pouvez être vaine, De rejeter mes vœux et de causer ma peine.
ERG A s TE, a Ménechme Pian, Commandez le dîner.
ÉROTIE.
J'estime infiniment Le discours que vous dicte un esprit si charmant. Quoi que je dissimule et que je désavoue, Je suis femme pourtant, et j'aime qu'on me loue.
ERG AS TE, a part.
Moi, j'aime qu'on me traite.
EROTIE.
Ainsi je dois aimer Un qui sait si bien feindre et si bien estimer.
MÉNECHME Ravi.
N'êtes-vous point du rang de ces âmes faciles Que tout le monde trouve également dociles, En qui tous les esprits font de mêmes effets, Qui promettent toujours et ne donnent jamais? O dieux! que votre humeur doit être méprisée! Que souvent ces discours ont mon âme abusée! Telle qui me charmoit par l'appât de sa voix , Que je croyois m'aimer autant que je l'aimois.