‹ uvres de Jean RotrouChapitre 379 sur 422 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

CILINDRE.

Vous trouverez, monsieur, un dîner assez rare En la diversité des mets que je prépare.

MESSÉWIE.

O le plus plaisant fou qui soit dessous les cieux!

Ami, tu te méprends : il aborde en ces lieux;

A peine la navire est encore arrêtée,

Et l'ancre n'est qu'à peine à la rive jetée.

Que veux-tu qu'il comprenne aux contes que tu fais ,

Toi, qu'il ne connoît point, et qu'il ne vit jamais?

CILIWDRE.

Ami, tu ne dois pas m'outrager davantage. Ou je vais de ces plats te couvrir le visage. Ne dis mot seulement à qui ne te dit rien: Je ne te vis jamais, et je le connois bien.

MÉNECHME Sosiclc.

Où m'aurois-tu connu?

CILINDRE.

Que vous sert cette feinte?

Je sais la passion dont votre âme est atteinte. Erotie a sur vous un absolu pouvoir; N'ai-je pas tous les jours l'iionneur de vous y voir? Pouvez-vous méconnoître un bomme de ma sorte? Ne vous souvient-il plus des poulets que je porte , Et du bruit que nous fît votre chaste moitié Lorsqu'elle découvrit votre ardente amitié ? O dieux! qu'elle me fit un insigne reproche Quand une lettre un jour me tomba de la poche, Et qu'elle y reconnut certaines privautés Par qui ce rare objet tient vos sens arrêtés !

534 I^ES MENECHMES,

Ma fuite me sauva de mille bastomiades;

J'eus d'appréhension les épaules malades;

Et depuis, me trouvant en mille endroits divers.

Elle ne m'a su voir que d'un œil de travers.

MESSÉNIE

Quoi , tu connois sa femme ?

CILINDRE.

Oui , sa femme , Orazie , Dont un jaloux soupçon trouble la fantaisie. Mais va causer ailleurs, et me laisse en repos, Car ce n'est pas à toi que je tiens ces propos ; Si tu veux discourir, cherche qui te réponde.

MESSÉNIE

O le plus insensé de tous les fous du monde!

CILIWDRE.

Ami , je pourrois bien te servir de ces plats , Mais en une façon que tu li'espères pas.

MESSÉNIE

Toi, je t'aurois brisé plus aisément qu'un verre, Et du moindre regard je t'aurois mis à terre ; Mais je battrois un homme indigne de mes coups. Je respecte mon maître, et j'épargne les fous.

CILIINDRE.

Quece maraud est vain! Quoi, Ménechme est ton maître ?

MESSÉNTE.

Il l'est, et si tu veux qu'il le fasse paroître Tu n'as qu'à le prier de parler seulement, Et tu seras battu par son commandement.

CILINDRE.

Monsieur, il doit beaucoup à votre compagnie; Sans vous j'aurois déjà sa vanité punie.

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