ACTE II, SCENE IL
CILINDRE.
Vous trouverez, monsieur, un dîner assez rare En la diversité des mets que je prépare.
MESSÉWIE.
O le plus plaisant fou qui soit dessous les cieux!
Ami, tu te méprends : il aborde en ces lieux;
A peine la navire est encore arrêtée,
Et l'ancre n'est qu'à peine à la rive jetée.
Que veux-tu qu'il comprenne aux contes que tu fais ,
Toi, qu'il ne connoît point, et qu'il ne vit jamais?
CILIWDRE.
Ami, tu ne dois pas m'outrager davantage. Ou je vais de ces plats te couvrir le visage. Ne dis mot seulement à qui ne te dit rien: Je ne te vis jamais, et je le connois bien.
MÉNECHME Sosiclc.
Où m'aurois-tu connu?
CILINDRE.
Que vous sert cette feinte?
Je sais la passion dont votre âme est atteinte. Erotie a sur vous un absolu pouvoir; N'ai-je pas tous les jours l'iionneur de vous y voir? Pouvez-vous méconnoître un bomme de ma sorte? Ne vous souvient-il plus des poulets que je porte , Et du bruit que nous fît votre chaste moitié Lorsqu'elle découvrit votre ardente amitié ? O dieux! qu'elle me fit un insigne reproche Quand une lettre un jour me tomba de la poche, Et qu'elle y reconnut certaines privautés Par qui ce rare objet tient vos sens arrêtés !
534 I^ES MENECHMES,
Ma fuite me sauva de mille bastomiades;
J'eus d'appréhension les épaules malades;
Et depuis, me trouvant en mille endroits divers.
Elle ne m'a su voir que d'un œil de travers.
MESSÉNIE
Quoi , tu connois sa femme ?
CILINDRE.
Oui , sa femme , Orazie , Dont un jaloux soupçon trouble la fantaisie. Mais va causer ailleurs, et me laisse en repos, Car ce n'est pas à toi que je tiens ces propos ; Si tu veux discourir, cherche qui te réponde.
MESSÉNIE
O le plus insensé de tous les fous du monde!
CILIWDRE.
Ami , je pourrois bien te servir de ces plats , Mais en une façon que tu li'espères pas.
MESSÉNIE
Toi, je t'aurois brisé plus aisément qu'un verre, Et du moindre regard je t'aurois mis à terre ; Mais je battrois un homme indigne de mes coups. Je respecte mon maître, et j'épargne les fous.
CILIINDRE.
Quece maraud est vain! Quoi, Ménechme est ton maître ?
MESSÉNTE.
Il l'est, et si tu veux qu'il le fasse paroître Tu n'as qu'à le prier de parler seulement, Et tu seras battu par son commandement.
CILINDRE.
Monsieur, il doit beaucoup à votre compagnie; Sans vous j'aurois déjà sa vanité punie.