ACTE II, SCENE III
MÉNECHME Sosicle.
Dieux! le divin objet' Je me rends, Messénie, Et ne puis résister à sa force infinie.
MESSÉJVIE.
II est vrai qu'elle est belle.
ÉROTIE.
Entrez donc, tout est prêt,
MÉFECHME Sosicle.
Que son visage est doux ! que son discours me plaît !
MESSÉJVIE.
Fût-elle plus charmante, et cent fois plus aimable, Le mal que je prévois m'est bien désagréable. Ce n'est qu'à votre argent qu'elle tend ses appas.
ÉROTIE.
Vous ne répondez rien; ne m'entendez-vous pas?
MÉNECHME Sosiclc.
Quoi! me connoissez-vous ?
ÉROTIE.
Monsieur, devez-vous croire Qu'un moment vous ait pu chasser de ma mémoire? Ne me fîrois-je plus au rapport de mes yeux? Et ne venez-vous pas de sortir de ces lieux?
MÉWECHME Sosicle.
Madame, brisons-là ce discours inutile:
Je ne vous vis jamais, et j'aborde en cette île.
ÉROTIE.
Dieux! combien aujourd'hui son humeur a d'appas! Et qu'il plaît à railler où sa femme n'est pas !
MÉNECHME Sosiclc.
Vous vous donnez, madame, une inutile peine.
ÉROTIE.
Quoi! VOUS n'habitez pas cette maison prochaine? MÉWECHME Sosicle.
Je cède à qui voudra le droit que j'y prétends : Puisse faire le ciel périr ses habitans!
ÉROTIE.
Que cet homme est saisi d'une folie extrême! Il renonce à son bien, et se maudit soi-même.
MÉNECHME Sosiclc.
Si vous avez dessein d'attirer un amant,
Il n'y faut employer que vos yeux seulement;
Vous n'avez point besoin d'une si vaine feinte ;
Ma raison s'est rendue, et mon âme est atteinte.
L'honneur de vos baisers est un bien infini ;
Et qui l'a méprisé , soi-même s'est puni.
Ne différez donc plus un bien si délectable
Dont vous favorisez un objet incapable,
O dieux! qui n'aimeroit la force de vos coups.
Et qui pourroit tenir contre des traits si doux?
ÉROTIE.
Vous reprenez toujours vos premières licences; Mais je ne suis pas femme à souffrir ces offenses. Je vous ai fait paroître et juré trop souvent Que votre affection se repaissoit de vent. Que vous entreteniez une espérance vaine , Et que vous vous donniez une inutile peine. Restreignez votre ardeur aux termes-d'amitié; Honorez de l'amour votre chaste moitié; Nous serons tous contens, et dans ces deux limites Rien ne m'empêchera de chérir vos visites.