SCÈNE IV
ERGASTE, ORAZIE.
ERGASTE
Madame , en quel état vous verrons-nous réduite,
Si dans peu votre époux ne change de conduite?
On murmure partout de ses débordemens ,
On rit de sa folie, et l'on plaint vos tourmens;
Il acquiert tous les jours de nouvelles maîtresses.
Il achète leur vue et leurs moindres caresses;
Une telle manie a ses sens occupé,
Qu'il aura dans un an tous vos biens dissipé.
Divertisse le ciel semblable prophétie!
Mais j'en dirois beaucoup sans nommer qu'Erotie,
Qui, sans rien accorder à ce cœur dissolu,
A sur lui toutefois un empire absolu;
Et le désir qu'il a de vaincre cette belle
Fait que sa libre humeur prodigue tout pour elle.
Encore à ce matin, j'ai vu cet inconstant
Lui donner ce poinçon que vous chérissiez tant,
Que chacun estimoit, et de qui la parure
Ajoutoit tant de grâce à votre chevelure.
Je sais bien qu'elle est sourde à ses vaines amours,
Qu'elle rit de ses vœux, mais elle prend toujours.