‹ uvres de Jean RotrouChapitre 387 sur 422 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ORAZIE.

Crains -tu que mon dessein soit de te retenir? Crois que, si je te suis, tu peux bien revenir. Va, mari débordé, caresser tes amantes.

Et redonne à tes yeux leurs lumières absentes 1 Je bénirai cent fois ces objets effrontés, J'aime ta trahison , j'aime tes voluptés ; Je veux bien que jamais le remords ne te touche, Que tu craignes ma vue et détestes ma couche, Que nul contentement n'égale tes plaisirs, Et qu'on accorde tout à tes sales désirs, Si j'obtiens ce bonheur , après tant de supplices , Que tu rendes l'esprit au milieu des délices. Que jamais ton objet ne se présente à moi , Que ta mort me délivre, et dégage ma foi. Hélas! quelle fortune égale ma misère?

Que la loi de l'hymen est une loi sévère, Et qu'on est ennemi de son contentement Lorsqu'à sa tyrannie on prête le serment! Une femme promet d'endurer, de se taire, De renoncer à soi , de vivre solitaire. Alors qu'elle promet de craindre son époux; Une nuit seulement est ce qu'elle a de doux. Ses plaisirs sont finis aussitôt que la danse , Et la seconde nuit son veuvage commence.

Depuis que son mari la tient en ses liens, Il a bientôt repris ses chemins anciens; Il dédaigne bientôt sa grâce et son mérite , Pour revoir Amarante , ou Philis , ou Carite , Et nous voyons bientôt notre bien consommé Par l'impudique ardeur dont il est emflammé.

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