‹ uvres de Jean RotrouChapitre 39 sur 422 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

Donc soyez plus remis , et , dans cette espérance , Fondez sur ma promesse une entière assurance; Ici la jouissance éteindra votre feu, Ici je me promets de l'amener dans peu.

CLORIDAN

Si jamais ta promesse est de l'effet suivie, Si jamais ta faveur me peut rendre la vie. Si tu donnes tes soins à mes chastes désirs , Tes pas à mon repos, ta peine à mes plaisirs, Et si , par ton avis , sa beauté languissante Vient soulager l'ardeur de ma flamme innocente... Ah, dieux! que ce penser me flatte doucement! Je proteste l'enfer, les eaux, le firmament, Et tout ce que je dusse avoir de vénérable, Que ta divinité seule m'est adorable ; Que cet heureux esprit ne veut tenir de loi Que du sacré pouvoir de ma reine et de toi. Mais aux lieux où je suis la lumière m'offense, L'enfer en cet endroit fait trop peu de défense; Le soleil semble luire , et venir sur ces bords. Epier si Perside est dans le rang des morts: S'il pense en être aimé, que son estime est fausse! Ah! sois content, bel œil, d'éclairer sur sa fosse: Si tu l'aimas jadis , fais voir sur son tombeau Tout ce que dans le sein la terre a de plus beau; Exerce en cet endroit tes passions discrettes , Fais languir ta lumière entre les violettes : Un corps si précieux doit terminer tes vœux: Fais des lis de son teint, de l'or de ses cheveux, De ses yeux des œillets, de ses lèvres des roses, Et dors en ce tombeau, si jamais tu reposes;

Mais laisse-moi l'esprit, n'attente plus avant; Ton amour, comme toi, se repaîtroit de vent. Que differez-vous plus, ombres officieuses? Afin que vos faveurs me soient plus précieuses, Quittons ce clair séjour et me daignez mener En lieux où ce jaloux n'ose m'importuner.

CLÉONICE

Oui , mon amour m'oblige au soin de vous conduire Où ce fâcheux rival ne puisse plus vous nuire: Où rien ne soit contraire au repos d'un amant , Où l'ombre et le silence habitent seulement, Où j'espère moi-même, à moi-même cruelle. Soumettre à vos baisers cette douce rebelle.

CLORIDAN

Flatté du doux espoir de revoir ses appas , Que je baise, belle ombre, et rebaise tes pas. Et vous, pour honorer sa déité suprême , Yains esprits, baissez-vous, et les baisez de même.

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