SCÈNE V, MÉNECHME Ravi, ORAZIE, ERGASTE
MÉNECHME Ravi, 66 crojaut seuL
Enfin cesse, Thémis, de troubler ma pensée, L'heure que j'ai donnée est à demi passée; Donne trêve à mes soins le reste de ce jour, Souffre que je l'emploie en un procès d'amour. J'aime la plus farouche et la plus inhumaine Que je pouvois choisir pour l'objet de ma peine ; L'insensible se rit des pleurs de ses amans, On souffre à son sujet d'inutiles tourmens; On perd son cœur pour elle, et, si l'on se propose
55o LES MÉNECHMES,
D'en demander le prix, on perd aussi sa cause.
En vain pour la combattre on prend tant de souci.
Car étant la partie elle est le juge aussi.
Je ris, je l'entretiens, je vante ses mérites,
Mais je n'ose passer ces étroites limites;
J'ai de mille présens assailli sa rigueur,
Et ces foibles moyens ne touchent point son cœur.
ERGASTE, bas à Orazie. Entendez-vous ces mots?
MÉFECHME Ravi.
Mais en vain on me blâme, La dussé-je enrichir aux dépens de ma femme. Me dût-elle réduire à la nécessité.
Je ne puis la main vide aller voir sa beauté.
ORAZIE, le surprenant.
C'est vivre comme il faut.
MÉNECHME Ravi.
O surprise importune!
ORAZIE.
Et nous ferons ensemble une heureuse fortune; Voilà pour m'obliger à vous estimer fort , C'est bien là le moyen de nous mettre d'accord.
MÉiNECHME Ravi, à part.
O dieux! je suis perdu, quelle assez prompte ruse En cette occasion me servira d'excuse?
(Haut.)
De quoi m'accuses-tu?
ORAZIE.
De rien, âme sans foi, Et ton propre discours t'accuse assez sans moi.