ACTE III, SCENE V. 55i
Désavoue, effronté, cet affront qui me touche; Jure que d'aujourd'hui tu n'as ouvert la bouche; Reprends ma jalousie. O le parfait époux! Que j'ai peu de raison d'exciter son courroux! Qu'il accroît nos moyens par des peines étranges; Que sa fidélité mérite de louanges! Si ses vœux sont reçus et ses travaux bénis, Il nous amassera des trésors infinis.
MENE C H ME Ravi.
Quoi! ce que je disois a ton âme abusée?
Tu manques bien d'esprit, toi qu'on tient si rusée;
L'ai-je dit sans dessein, ne te voyois-je pas
Ecouter mes discours, et marcher sur mes pas?
Conserve si tu veux cette créance vaine:
Je ne parlois ainsi que pour te mettre en peine,
Que pour nourrir la peur dont ton cœur est rongé;
Et tout autre en ta place en eût ainsi jugé.
Mais quand jusqu'à ce point un esprit est malade,
Il n'est rien qu'aisément il ne se persuade.
Tu crois m' avoir surpris, quand tu m'as écouté.
Et tu tiens mes discours pour une vérité.
ERG AS TE, h Orazie.
Oh! qu'il est assuré!
MÉNECHME Ravi, lui faisant signe.
Tu nourris sa colère.
ERGASTE, a Orazie.
Voyez que d'un clin d'œil il m'invite à me taire,
MÉNECHME Ravi.
Que dit cet insensé?
Que je suis satisfait, M'étant si bien vengé du tour que tu m'as fait. Exalte maintenant cette fourbe subtile; Va faire ce discours à tous ceux de cette île ; Va te vanter partout de m' avoir fait jeûner, Je jure maintenant de te le pardonner : Tu n'en diras point tant que je ne le confesse, J'en rirai le premier, quelque faim qui me presse.
MÉNECHME Ravi.
Dieux! que puis-je comprendre à de si vains propos, Et qui porte ces gens à troubler mon repos?
ERGASTE
Me croyois-tu d'bumeur à souffrir cet outrage? Estimois-tu qu'Ergaste eût si peu de courage? Crois que de quelque soif que je sois embrasé. J'ai bien de quoi Fëteindre, et je t'eusse excusé; Mais tu ris, et tu feins de ne me pas connoître; Quand tu t'es enivré, tu m'accuses de l'être;... Et je me pourrois taire, étant ainsi raillé? Il n'est si patient qui me l'eût conseillé. J'ai parlé comme il faut de ton mauvais ménage. Et sans quelque respect j'en dirois davantage.
ORAZIE.
Traître! qui m'étois cher plus qu'on ne peut penser,
Tu me ravis mon bien afin de m'offenser?
Il faut que je te serve à gagner tes maîtresses;
De ce qui m'appartient tu leur fais des largesses;
Je verrai mes joyaux leur servir d'ornement!
C'est là trahir sa femme assez ouvertement.
Ne dois-je point aussi faire ton ambassade?