‹ uvres de Jean RotrouChapitre 395 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE L

MÉ]>fECHME Sosicle.

Quel monstre de folie en cette île préside! Qu'il auroit fait de peine à la valeur d'Alcide! Qu'il l'eût bien empêché d'éterniser son nom, Et qu'il eût obligé la haine de Junon ! Qu'on trouve ici de fous, que cet hydre a de têtes, Et que j'aurai de mal à vaincre tant de bêtes !

OPiAZIE.

Je me dois affranchir de semblables tourmens.

Et j'ai trop enduré de tes déportemens ;

J'abhorre cet hymen, et souhaite un veuvage

Qui te mette en repos, et m'ôte de servage.

Lors, je ne pourrai plus traverser tes plaisirs :

Si j'obtiens ce bonheur , suis tes sales désirs ;

De mon lit, chaste et saint, fais une couche infâme,

Donne à qui te plaira la place de ta femme;

Tu pourras en repos goûter ses privautés.

Je ne troublerai point tes sales voluptés;

Rien ne t'empêchera d'obliger une amante,

Tu seras bien heureux, et je serai contente.

MÉNECHME Sosicle.

Adieu, tu m'étourdis des contes que tu fais. Je ne te connois point, et ne te vis jamais.

ORAZIE.

O dieux! quand finira le cours de ma misère? Presse le pas , Décie , appelle ici mon père , Qu'il entende ma plainte, et de quelle façon Il feint être insensé pour m'oter ce poinçon.

MÉTfECHME Sosiclc.

Quoi ! ce poinçon est tien ?

56o LES MÉNECHMES,

ORAZTE.

Oui. Que peux-tu répondre, Et quels témoins faut-il afin de te confondre?

Nul, que la vérité.

ORAZIE.

Comme il est assuré!

Ton larcin n'est donc pas assez bien avéré? Ah! si je m'affranchis d'une loi si fatale, Qu'au séjour des damnés vivante je dévale Si jamais sous l'hymen mon cœur est arrêté, Si jamais sous ce joug je rends ma liberté.

MÉNECHME Sosiclc.

Quoi! je suis ton mari? que je plains ta manie!

ORAZIE.

Voyez de ce gausseur l'impudence infinie. Il ne me connoît pas!

MÉNECHME Sosicle.

Non, si je me connoi.

ORAZIE.

Et ce vieillard qui vient?

MÉifECHME Sosicle.

Aussi peu comme toi.

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