‹ uvres de Jean RotrouChapitre 394 sur 422 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

MÉNECHME Sosicle, ORAZIE.

MÉWECHME Sosicle.

(combien je perds de pas à chercher Messénie! Il n'a rien en horreur tant que ma compagnie; Il ne s'estime serf qu'alors qu'il suit mes pas. Il est en liberté quand il ne me voit pas; Il sait tout, il a tout, et j'ai peu de prudence D'honorer un captif de tant de confidence ; Je connois son humeur, et suis mauvais devin S'il ne s'ensevelit maintenant dans le vin.

ORAZIE , venant a sa porte , et apercevant Ménechme. Il revient, je l'avise....

MÉNECHME Sosiclc.

Auparavant qu'il sorte...

ORAZIE.

Et je dois à mes cris ce poinçon qu'il rapporte.

MÉNECHME Sosicle.

Les objets doubleront, il verra deux soleils, En moi seul il verra deux Ménechmes pareils;

Il perd entre les pots tout souci de me suivre,

Il y passe les jours, et n'en sort jamais qu'ivre.

ORAZIE.

Homme le plus brutal qui respire en ces lieux. Oses-tu désormais te montrer à mes yeux? Ma plainte , déloyal , est-elle légitime Maintenant que tu tiens la preuve de ton crime?

MÉNECHME Sosicle.

Quel crime? que veux-tu?

ORAZIE.

Qu'il parle effrontément!

Le confessera-t-il ? rougit-il seulement?

M1£]VECHME Sosiclc.

De quoi m'accuses-tu?

ORAZIE.

Dieux! l'impudence extrême!

J'ai bien tort, et je suis le seul objet qu'il aime.

MÉJVECHME Sosicle.

S'il est vrai que mon cœur brûle pour tes appas , C'est d'un brasier si doux que je ne le sens pas.

ORAZIE.

Je te crois sans jurer, traître, infâme, adultère,

Il faut ne rien valoir pour ne te pas déplaire ;

La vertu n'a jamais ton esprit arrêté,

Ta haine est une preuve à mon honnêteté ;

Et si je te causois quelque amoureuse envie,

Je m'examinerois , j'accuserois ma vie ;

Mon honneur, ce me semble, auroit quelque défaut,

Je ne me croirois pas comporter comme il faut.

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