‹ uvres de Jean RotrouChapitre 399 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Une chaste beauté m'a prié , près d'ici , De le faire émailler, et j'en prends le souci. Adieu, dispensez-moi d'une vaine audience, Et ne m'obligez plus à tant de patience. Que la terre m'entende , et s'ouvre dessous moi , Si je vous vis jamais et si je vous connois !

LE VIEILLARD

O dieux! qu'entends-je ici? puis-je, après ce langage, Croire que sa raison conserve son usage? Qu'amour cause de trouble au cerveau le plus sain! Il ne me connoît pas.

MÉNECHME Sosicîe.

Et n'en ai pas dessein.

LE VIEILLARD

C'est trop long-temps, mon fils , prolonger cette plainte. Et tu nous porterois du plaisir à la plainte ; C'est trop s'entretenir d'inutiles propos: Entrons , rends ce poinçon , et vivez en repos.

MÉNECHME Sosiclc.

Enfin n'irrite plus le courroux qui m'enflamme.

Que veux-tu ? dis ton nom , et quelle est cette femme ?

ORAZIE.

Il n'en faut plus douter, des signes si puissans Nous font paroître assez qu'il a perdu le sensf Et l'altération qu'on voit en ce visage Est d'un étrange accès un assuré présage. MÉNECHME Sosiclc , à part.

Il les faut confirmer en des soupçons si vains ; Je puis par ce moyen m'échapper de leurs mains. Feignons d'être si fou que chacun d'eux m'évite, Et que la peur des coups leur conseille la fuite.

ORAZIE.

Que son teint est changé! voyez, mon père, 6 dieux! Voyez les traits de feu qui sortent de ses yeux.

LE VIEILLARD

Eloisn^ons-nous de lui , son action m'étonne : La folie est aveugle , et n'épargne personne.

MENECHME Sos'icie , Jhîsant lejhu.

Perfides ennemis de mon autorité,

Vous avez trop de fois mon pouvoir irrité;

Enfin vous connoîtrez ma valeur infinie ,

Et je combattrai seul toute l'Epidamnie ;

Seul je subjuguerai ce superbe pays,

Et mes exploits rendront ses peuples ébahis.

Vous pleurez vainement ; une mer de vos larmes

IS^e divertiroit pas cet effet de mes armes.

Donnons , frappons , tuons , rangeons tout sur nos pas.

Que de sang répandu! que d'ennemis à bas!

LE VIEILLARD

Dieux! qu'est-ce que je vois?

ME]^rECHME Sosicle.

Cette affreuse sorcière Me prive de l'honneur de leur défaite entière; Ses magiques secrets repoussent mes efforts , Font pencher la victoire, et raniment ces corps. C'est contre elle qu'il faut exercer mon courage, Malgré tous ces démons qu'elle oppose à ma rage. Sus , chassons ces esprits de ces lieux étrangers ; Ma valeur me promet de franchir ces dangers.

LE VIEILLARD

Ménechme, où songez-vous?

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