‹ uvres de Jean RotrouChapitre 403 sur 422 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MÉNECHME Ravi, ORAZIE, LE VIEILLARD, LE MÉDECIN, DEUX VALETS.

MÉNECHME Ravi.

Que je vis aujourd'hui sous un astre sévère.

Et que le ciel me voit d'un regard de colère !

Ah! que j'ai, malheureux, manqué de jugement

Quand j'ai souffert qu'Ergaste ait vu ce diamant!

Mais si devant ce soir je n'achève sa vie,

Je veux qu'en ce moment la mienne soit ravie.

Sa vie, ah! qu'ai-je dit? puisque je l'entretiens,

Et qu'il fût mort sans moi , ses jours sont-ils pas miens?

On sait qu'il m'étoit cher, et que ce détestable

Ne vit depuis trois ans que des mets de ma table.

LE VIEILLARD

Il le faut aborder.

LE MÉDECIN

L'amour , ou vos procès , Vous ont causé , monsieur , ces violens accès.

Quelles afflictions vous sont les plus sensibles? Le ciel a mis à tout des remèdes possibles.

MÉWECHME Ravi.

Que veut ce vieux rêveur?

LE MÉDECIN

D'où provient ce tourment? Est-ce devers le front qu'il est plus véhément?

MÉNECHME Ravi, Dieux, qu'il est insensé!

LE VIEILLARD

Voyez l'extravagance.

ORAZiE, au médecin.

Obligez-le , monsieur , d'une prompte ordonnance,

LE MÉDECIN

Quels mets affecte-t-il ?

ORAZIE.

Des mets trop délicats.

LE MÉDECIN

Quelle sorte de vin boit-il à ses repas?

MÉNECHME Ravi.

Les vins les plus friands et les plus délectables. Mais as-tu pris le soin de réformer les tables? Que me conte ce fou? ne veut-il point savoir Si le pain que je mange est du pain rouge ou noir, Si j'use de poisson qui soit couvert de plumes ? Est-il si désireux de savoir mes coutumes ?

LE VIEILLARD

Eh bien! que jugez-vous de ces propos confus, Et que lui pourrez-vous ordonner là-dessus?

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