‹ uvres de Jean RotrouChapitre 404 sur 422 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

LE MÉDECIN

Est-il fort amoureux?

Oui , de toutes les belles.

Apprends-le de ta femme , elle en sait des nouvelles.

LE MÉDECIIY.

O comme il est troublé!

ORAZIE.

Vous lui pardonnez bien.

LE MÉDECIN

Dort-il profondément?

MÉNECHME Ravi.

Oui, si je ne dois rien.

LE MÉDECIN

C'est parler de bon sens.

MÉNECHME Ravi.

Que répondrai-je encore?

LE MÉDECIN

Sa santé ne dépend que d'un peu d'ellébore, Et son mal n'a pas tant altéré sa raison Qu'il ne puisse bientôt espérer guérison.

LE VIEILLARD

Sa douleur maintenant a moins de violence. Vous n'eussiez pu tantôt souffrir son insolence ; En l'humeur qu'il étoit, il nous eût frappés tous; Il nous a menacés d'un orage de coups. Il s'étoit proposé de ruiner cette île , Et sans toucher un homme il en a défait mille; Ses gestes et sa voix nous saisissoient d'horreur, Et j'ai fait sagement d'éviter sa fureur.

Sy:* LES MENECHMES,

MÉWECHME Ravi.

Dieux, qu'est-ce que j'entends?

LE VIEILLARD

N'as-tu pas la mémoire D'avoir contre du vent disputé la victoire , D'avoir menacé l'air, défait des visions? Ne te souvient-ii point de ces illusions? Tu ne te proposois qu'horreur et que carnage , Et tu nous as voulus immoler à ta rage.

MÉWECHME Ravi.

Et toi, te souvient-il, opprobre des mortels, D'avoir devant mes yeux pillé sur les autels, Fait partout abhorrer ton humeur sanguinaire , Dévoré tes enfans, assassiné ta mère.

Empoisonné ta femme, et vendu ton pays; i Enfin d'avoir les dieux et les hommes trahis? Est-ce là comme il faut publier ta louange? Est-ce assez pour un fou t'avoir rendu ton change?

LE VIEILLARD

Comme son mal s'accroît ! Ecoutez son discours , Et ne différez plus d'y chercher du secours.

LE MÉDECIW.

Si je ne le guéris de cette maladie,

Il est bien malaisé qu'un autre y remédie;

Qu'on l'amène à ma chambre, et, malgré ses efforts,

Que quelqu'un de ces gens le saisissent au corps.

Je connois de ce mal la cause véritable;

En de certains accès il est plus redoutable.

Quelque sanglant ennui l'a réduit à ce point,

Et s'il n'est attaché, je n'en approche point.

(Aux deux valets.)

Allons, emportez-le.

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